Les difficultés du Brésil mettent Casino et Rallye sous tension

le 14/09/2015 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

Déjà serrés, les bilans du distributeur et de sa maison mère vont subir de plein fouet les conséquences de la crise au Brésil.

Casino et Carrefour se sont battus comme des chiffonniers en 2011 pour se renforcer au Brésil. Les deux distributeurs français paient aujourd’hui leur exposition à la première économie d’Amérique latine, victime de récession et dégradée en catégorie «junk» par S&P. Au ralentissement de l’activité, s’ajoute la dévalorisation du réal, en chute de 26% depuis le début de l’année par rapport à l’euro.

Pierre-Jean Sivignon, le directeur financier de Carrefour, a récemment indiqué aux analystes de Bryan Garnier que cette dépréciation doit être prise en compte dans leur modèle. Depuis que le groupe s’est dit confortable fin juillet avec un consensus de résultat d’exploitation 2015 de 2,5 milliards d’euros, la chute du réal a coûté environ 50 millions d’euros, estime Bryan Garnier. Pénalisant mais gérable pour le numéro un français de la distribution.

Pour Casino, les conséquences risquent d’être plus lourdes. Le Brésil représente environ 45% de son résultat opérationnel courant, hors intérêts minoritaires, rappellent les analystes d’Oddo qui ont abaissé vendredi leurs prévisions. «Casino aura du mal à tenir sa prévision d’un bénéfice stable cette année sans céder des actifs immobiliers», appuient les analystes d’UBS, selon lesquels «la stratégie d’utiliser de la dette en euro pour acheter des actifs émergents devient une combinaison douloureuse».

Déjà tendus, les bilans de Casino et de sa holding de contrôle, Rallye, vont avoir du mal à amortir le choc brésilien, prédisent plusieurs analystes. Une dépréciation de la valeur des actifs brésiliens de Casino se répercuterait sur les fonds propres de Rallye, compte tenu de sa participation de 50% au capital du distributeur. Or, un covenant portant sur 1,3 milliard d’euros de lignes de crédit et de prêts bancaires de Rallye paraît désormais fragilisé: les fonds propres sociaux de la société Rallye SA doivent être supérieurs à 1,2 milliard d’euros. Fin 2014, la marge était de 500 millions d’euros.

En juillet, Casino et Rallye s’étaient offert un bol d’air de 1,7 milliard d’euros en faisant racheter par la filiale Exito la moitié de la participation dans le brésilien GPA ainsi que ses actifs argentins. Mais avec un ratio loan to value actualisé à plus de 80%, cela ne pourrait pas suffire. «Rallye devra prochainement probablement procéder à une augmentation de capital pour améliorer sa structure financière», lancent les analystes crédit de Tullett Prebon.

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