Les airbags défectueux de Takata empoisonnent l’industrie automobile

le 18/05/2015 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

Les constructeurs japonais ont annoncé le rappel de 11,7 millions de véhicules la semaine dernière, dans une affaire qui dure depuis 2008.

C’est l’une des conséquences de la mondialisation et de la sous-traitance. L’affaire des airbags défectueux du fabricant Takata est en train polluer l’ensemble de l’industrie automobile.

Une dernière série de mésaventures s’est produite la semaine dernière. Jeudi, Honda, le premier client de Takata, a indiqué qu’il rappelait 4,89 millions de véhicules supplémentaires. Cette annonce porte à 19,6 millions le nombre d’unités affectées de ce seul constructeur depuis le début de l’affaire en 2008 – qui a déjà coûté son poste à son directeur général Takanobu Ito. Un jour plus tôt, Toyota rappelait 5 millions de véhicules, sa filiale Daihatsu 260.000 et Nissan 1,56 million.

Avec ce dernier round, les rappels relatifs aux airbags ont dépassé les 36 millions. L’affaire mobilise également les régulateurs. La NHTSA, la direction américaine de la sécurité routière, a déclaré qu'elle annoncerait bientôt de «nouvelles mesures importantes» visant à accélérer le rappel de véhicules équipés d'airbags Takata.

Si l’affaire est inédite par son ampleur, les rappels massifs se multiplient dans l’industrie automobile. L’année dernière, General Motors avait effectué pas moins de 74 rappels, représentant 30 millions de véhicules, pour diverses anomalies (direction assistée, système d’allumage...); Ford a connu deux années difficiles (2013 et 2014), tandis que Toyota a vécu une période noire aux Etats-Unis en 2009 et 2010 qui lui a coûté plus de 1,1 milliard de dollars d’indemnisations, sans compter l’effet sur les ventes.

Perçus par le public comme un sens des responsabilités jusqu’au début de la décennie 2000, en particulier aux Etats-Unis, les rappels menacent aujourd’hui les constructeurs et leurs équipementiers par les risques juridiques qu’ils font peser sur eux –en particulier si les défauts incriminés ont provoqué des dommages corporels. Takata est ainsi visé par plusieurs actions judiciaires en nom collectif (class actions) aux Etats-Unis et au Canada.

L’ampleur prise par les rappels au fil des ans s’explique par l’évolution de la conception des véhicules. Elaborés en plate-forme (une stratégie encore balbutiante à la fin des années 1990), les modèles partagent un nombre croissant de composants qui, en outre, sont confiés à un nombre plus restreint d’équipementiers à travers le monde. Ce qui alimente également la concentration du secteur. Takata fournit ainsi dix constructeurs. La probabilité qu’une défaillance se répercute à travers le monde s’accroît.

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