L'Etat bénit la fusion entre Alcatel et Nokia

le 15/04/2015 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

Malgré les garanties du gouvernement, les syndicats craignent les conséquences sociales de l'union.

Malgré de nombreux plans sociaux, Alcatel emploie encore quelque 7.000 personnes en France soit près de 12% des effectifs totaux. Photo DR

Les négociations en cours entre Nokia et Alcatel-Lucent, bien plus larges que prévu, pourraient déboucher sur une opération transformante pour les deux équipementiers télécoms. Ceux-ci ont en effet déclaré hier «être en discussions avancées en vue d’une fusion complète de leurs activités, qui prendrait la forme d’une offre publique d’échange de Nokia sur Alcatel-Lucent». Ils précisent cependant qu’il n’existe à ce stade aucune certitude que ces discussions aboutissent à un accord entre les deux parties.

Sur le papier, le projet semble plutôt séduisant d’un point de vue industriel. En s’unissant à Nokia, Alcatel-Lucent, conseillé par Zaoui & Co, atteindrait une masse critique qui lui a toujours fait défaut dans les infrastructures mobiles où il n’arrive qu’au quatrième rang du secteur, ce qui pèse sur sa rentabilité opérationnelle.

Quant au groupe finlandais, conseillé par JP Morgan, il talonnerait le suédois Ericsson, leader mondial dans le mobile. Il gagnerait aussi en expertise dans les équipements fixes à haut débit (IP) et renforcerait sa présence aux Etats-Unis ainsi qu’en Chine, patrie de ses concurrents Huawei et ZTE qui étendent leur présence à l’international.

Mais un tel rapprochement «conduirait à une nouvelle phase de réorganisation importante», relèvent les analystes de CM-CIC Securities en rappelant que «sept ans après leur fusion, Alcatel et Lucent sont encore en phase de restructuration, avec l’exécution du plan ‘Shift’» mis en place en 2013, qui inclut un milliard de cessions d’actifs et 10.000 suppressions de postes à l’échelle mondiale. La structure de bilan d’Alcatel-Lucent s’est améliorée depuis 2013, mais le groupe a enregistré une perte nette de 118 millions d'euros l'an dernier pour un chiffre d'affaires de 13,2 milliards. Nokia a dégagé un bénéfice de 1,2 milliard avec un chiffre d'affaires légèrement inférieur.

A l'issue d'une rencontre hier après-midi entre François Hollande et les dirigeants des deux équipementiers, le ministre de Economie Emmanuel Macron a déclaré que cette union serait «une bonne opération pour Alcatel-Lucent. Parce que c'est une opération d'avenir, parce que nous construisons, avec ce rapprochement, la reconquête d'Alcatel-Lucent qui était une entreprise en très grande difficulté il y a deux ans». Il a manifestement été convaincu par l’engagement de Nokia de ne procéder à «aucune destruction d'emplois en France». Sur des effectifs totaux de 52.000 salariés, près de 12% des salariés du groupe franco-américain sont basés dans l’Hexagone.

Il reste encore à persuader les syndicats de l’intérêt de la transaction. «Notre grosse préoccupation est l'avenir de la R&D en France, qui travaille sur des produits qui vont entrer directement en concurrence avec les produits actuellement détenus par Nokia», a déclaré Christophe Civit, représentant CFDT au comité central d'entreprise d'Alcatel-Lucent. Toutes les organisations syndicales du groupe ont demandé à être reçues par le ministre de l'Economie.

Bien qu’il dispose d’une trésorerie nette de 5 milliards d’euros, Nokia devra trouver des financements complémentaires pour financer une transaction qui pourrait valoriser sa cible 12,7 milliards d’euros, selon les estimations d’Exane BNP Paribas. Soit quasiment le niveau de capitalisation boursière atteint par Alcatel-Lucent hier soir après un bond de 16% du titre. Celle de Nokia atteint 27,5 milliards malgré le repli de l’action de 3,6%.

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