La facture Areva s’annonce lourde pour l’Etat

le 20/11/2014 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

Seule une recapitalisation permettrait d'alléger les 5 milliards d'euros de dette du groupe.

S&P sévira si Areva présente une absence d’un cash-flow libre à l’équilibre d’ici à 2016. Illustration L’Agefi.

Areva aura du mal à échapper à une recapitalisation. Le groupe de nucléaire l’a implicitement reconnu mardi soir dans son avertissement sur résultats en annonçant une «révision de son plan de financement à moyen terme». Avec un Ebitda voué à stagner ces prochains trimestres en raison d’un marché mondial atone et de difficultés opérationnelles persistantes (Finlande, Flamanville), la dette nette de 5 milliards d’euros est intenable. Avec 87% du capital, l’Etat ne pourra pas échapper à ses responsabilités au moment où ses recettes sont au plus bas.

Fin 2010, l’Etat avait déjà injecté 300 millions d’euros en plus des 600 millions apportés par le fonds souverain du Koweït. Cette fois, la recapitalisation s’annonce autrement plus coûteuse et risque de vampiriser une grande partie des 5 milliards d’euros de recettes espérées en 2015 de la vente de différentes participations de l’Etat.

«Avec 5 milliards de dette en moyenne au cours des deux prochaines années et un Ebitda sous le milliard, nous ne pouvons exclure une recapitalisation de 1,5 à 2 milliards d’euros pour réduire le ratio de dette nette sur Ebitda autour de 3 fois», calculent les analystes de Kepler Cheuvreux. Fin 2014, le ratio de dette nette sur Ebitda dépassera la barre de 10 fois. Un niveau intenable qui, s’il n’est pas rapidement réduit, sera inévitablement sanctionné par S&P. Ce qui entraînerait le passage d’Areva en catégorie «junk» avec des conséquences directes sur sa crédibilité financière auprès des donneurs d’ordres.

Début octobre, Areva avait obtenu un sursis de la part de l’agence de notation en promettant une émission de dette hybride. Mais le projet a échoué. Notés «B», une première pour ce segment obligataire, les titres n’ont pas convaincu les investisseurs, sinon à des rendements inacceptables pour la société. Depuis, S&P n’a pas modifié sa note mais a prévenu début novembre qu’elle sévirait si l’Ebitda ne s’améliore pas d’ici à 2015, si la dette augmente plus que prévu ou encore si le groupe constate une absence d’un cash-flow libre à l’équilibre d’ici à 2016. Compte tenu de l’avertissement sur résultats de mardi soir, une dégradation de la note paraît donc hautement probable. D’ailleurs, comme l’indique la recherche crédit de Tullett Prebon, «les spreads actuels reflètent déjà un profil high yield». Une situation inédite pour un groupe contrôlé par l’Etat.

Pour réduire la facture, Areva pourrait encore amplifier son plan d’économies. Mais l’essentiel a déjà été réalisé sur ce plan, dont l’objectif a été récemment relevé. Sur les 1,2 milliard d’euros d’économies visées à l’horizon 2016, près de la moitié seront déjà réalisées fin 2015. De même, les investissements annuels ont déjà été contraints à 1,1 milliard d’euros pour 2014, 700 millions de moins qu’en 2011, et il est dangereux pour un groupe industriel comme Areva de sous-investir trop longtemps, alors qu'il perd déjà des parts de marchés en Chine par exemple.

Enfin, peu d’espoirs sont à attendre des cessions d’actifs. Là encore, l’essentiel a été réalisé. Candidate à une vente éventuelle, l’activité d’énergies renouvelables est petite et déficitaire. Quant aux mines, la chute des cours des matières premières ne permettrait pas d'obtenir une valorisation idéale, sans parler des difficultés propres de cette division.

S&P sévira si Areva présente une absence d’un cash-flow libre à l’équilibre d’ici à 2016. Illustration L’Agefi.
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S&P sévira si Areva présente une absence d’un cash-flow libre à l’équilibre d’ici à 2016. Illustration L’Agefi.

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