Telefonica veut accélérer la mue de Vivendi

le 06/08/2014 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

En acceptant l'offre de rachat de GVT, le groupe achèverait son virage sur les médias

Photo Bloomberg

Pas de pause estivale dans les télécoms. Quelques jours après l’offre d’Iliad sur T-Mobile USA, Telefonica relance la vente de GVT, l’opérateur brésilien de Vivendi. Le groupe espagnol propose 6,7 milliards d’euros, dont 60% en cash, avec l'objectif de redynamiser son activité fixe au Brésil. Vivendi, qui avait tenté en vain début 2013 de vendre GVT, va étudier la proposition en conseil de surveillance fin août. Une cession achèverait le virage du français vers les médias autour de Canal + et d’Universal Music Group.

Vivendi a assuré hier qu’«aucune de ses filiales n’est à vendre». Le groupe, qui n’a pas «sollicité l’offre», selon une source proche, est à l’abri du besoin. Les cessions réalisées ou annoncées de Maroc Telecom, Activision Blizzard et SFR représentent plus de 24 milliards d’euros de cash. En outre, comme le rappelle Stéphane Beyazian, analyste chez Raymond James, «GVT représente 90% à 100% de la croissance estimée du chiffre d’affaires et de l’Ebitda du groupe.»

Pour autant, la vente de GVT ne dépareillerait pas totalement dans la stratégie de Vincent Bolloré, nouveau président du conseil de surveillance de Vivendi, de concentrer le groupe sur les médias. Après les ventes de Maroc Telecom et de SFR, et malgré un développement en cours dans la télévision payante, GVT constitue le dernier actif de Vivendi dans les télécoms. En croissance, mais nécessitant encore d’importants investissements pour étendre sa zone de couverture, l’opérateur fixe brésilien offre également assez peu de synergies avec les activités du groupe dans les contenus.

Financée par une double augmentation de capital, au niveau de la filiale brésilienne et de la maison mère, donc sans effet négatif sur sa dette, l’offre permettrait à Telefonica de profiter à plein de la consolidation du marché brésilien. Dans le même temps, en proposant à Vivendi d’acquérir les 8,1% qu’il détient encore au capital de Telecom Italia, l’opérateur espagnol refermerait un dossier encombrant.

Pour Vivendi, l’intérêt de l’offre dans l’état actuel est moins flagrant. Les 6,7 milliards d’euros proposés par Telefonica, soit 9,5 fois environ l’Ebitda estimé de GVT pour 2014, sont proches du haut de la fourchette des valorisations des analystes. Mais ils laissent une marge d’amélioration compte tenu des synergies que permettrait de dégager une fusion avec GVT. De même, le paiement à 40% en actions Telefonica Brasil et l’option accordée à Vivendi d’acquérir les 8,1% du capital de Telecom Italia pourraient ne pas convaincre le conseil de surveillance de Vivendi, désireux de ne pas se retrouver avec des participations minoritaires d’opérateurs télécoms entre les mains.

En dévoilant hier les intentions de Telefonica, Vivendi pourrait donc pousser les autres acheteurs à se faire connaître. «TIM Brasil, dont le nom circulait récemment est évidemment un candidat potentiel à une contre-offre s’il parvient à trouver des financements sans fragiliser son actionnaire Telecom Italia», estiment les analystes d’Oddo. La filiale brésilienne de Telecom Italia est quasiment absente du marché du fixe. DirecTV, dans le giron de AT&T depuis mai dernier, pourrait également revenir à la charge après que son offre de 2013 pour GVT eut été jugée insuffisante par rapport aux 8 milliards d’euros demandés par Vivendi.

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