General Electric garde la main sur Alstom

le 18/06/2014 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

Malgré une meilleure valorisation, l'offre Siemens-MHI est jugée plus complexe à mettre en œuvre

Joe KAESER, PDG de Siemens, et Shunichi MIYANAGA, PDG de Mitsubishi Heavy industries. Photo Bloomberg

L’Etat français veut profiter de la compétition entre General Electric et le duo Siemens-Mitsubishi Heavy Industries pour faire monter les enchères sur Alstom. «Les discussions vont encore continuer cette semaine entre l'Etat et les différentes entreprises. Les offres doivent être améliorées», a prévenu l’Elysée. GE, dont l’offre expire officiellement le 23 juin, devrait profiter de ces derniers jours pour ajuster sa proposition et garder l’avantage face à Siemens-MHI dont le dossier est jugé plus complexe.

GE n’a pas l’intention d’entrer dans une guerre de cash avec Siemens-MHI. Le groupe américain restera sur les 12,35 milliards d’euros qu’il est prêt à débourser pour reprendre l’intégralité de la division énergie d’Alstom, même si le duo germano-japonais estime que sa proposition valorise les actifs énergétiques du groupe français à 14,2 milliards d’euros.

Mais la composante en numéraire de l'offre n'est que de 7 milliards d’euros, dont 3,9 milliards apportés par Siemens pour les turbines à gaz. Les 3,1 milliards restants sont payés par MHI pour des participations minoritaires dans les autres divisions: 40% des turbines à gaz pour 2,3 milliards d’euros, 20% des réseaux pour 500 millions et 20% de l’hydroélectricité pour 300 millions, ce qui valorise l’ensemble de ces trois activités à 7,2 milliards d’euros. Les deux groupes ont assuré que l'opération est financée sans l'aide de l'Etat français, même s'ils souhaiteraient voir entrer la France au capital d'Alstom.

Plus flatteuse pour la valeur d’entreprise des actifs énergétiques d’Alstom, la structure élaborée par le duo Siemens-MHI avec l’appui de BNP Paribas et de la Société Générale est jugée «complexe» par l’unanimité des analystes. Ceux de BoA Merrill Lynch ne seraient donc «pas surpris que le conseil d’Alstom retienne l’offre de GE». Selon Deutsche Bank, la proposition américaine offre un rachat «clair» des activités d’Alstom. En face, le duo Siemens-MHI serait en effet contraint de se partager les activités de cycle combiné qui mêlent turbines à gaz, promises à l’allemand, et turbines à vapeur, visées par MHI. Conscients de cette difficulté, les deux partenaires ont prévu une période transitoire, pendant laquelle Siemens continuerait de fournir des turbines à gaz le temps que MHI intègre sa propre technologie. Mais le coût de cette intervention chirurgicale n’est pas connu.

Hier, le cours de l’action Alstom a perdu 1,24% à 28,96 euros, plus forte baisse du CAC 40, dans un marché en hausse de 0,58%, signe des doutes des investisseurs face à l’offre Siemens-MHI malgré la meilleure valorisation.

S’il ne compte pas augmenter la partie en numéraire, GE devrait jouer sur les aspects stratégiques et les engagements sur l’emploi pour lever les dernières réticences de l’Etat qui peut toujours menacer d’utiliser le récent décret «Montebourg» sur les secteurs protégés. «Les points à négocier sont toujours les mêmes: comment renforcer les renouvelables, le nucléaire ou le ferroviaire. GE est en train d'en discuter avec l'Etat», a assuré hier une source proche du groupe américain, épaulé par Lazard, Credit Suisse et Morgan Stanley.

Le comité ad hoc constitué par Alstom pour examiner l'offre de GE et celle de Siemens-MHI devrait annoncer sa préférence au conseil d'administration d'Alstom vendredi après-midi. Le conseil devrait ainsi pouvoir prendre sa décision durant le week-end, lundi au plus tard.

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