Une reprise éventuelle de Bouygues Telecom par Orange serait difficile à mettre en œuvre

le 19/05/2014 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

La transaction, qui ferait face à d’importants obstacles réglementaires, aurait aussi des conséquences négatives pour Numericable/SFR

En confirmant qu’il examinait les opportunités offertes par la recomposition du paysage français des télécoms, Orange a relancé les interrogations sur l’avenir de Bouygues Telecom. Le scénario d’un rapprochement capitalistique entre le premier et le troisième opérateur apparaît hautement problématique au regard des obstacles qu’il poserait en matière de concurrence à l’échelle européenne.

Les analystes d’Exane BNP Paribas soulignent qu’«avec une part de marché combinée de 61% dans le mobile et de 49% dans le fixe, une telle opération donnerait lieu à des concessions très larges, incluant la cession du réseau mobile et des fréquences de Bouygues Telecom à Iliad».

L’idée d’une reprise de Bouygues Telecom par Orange, défendue par le Ministre de l’économie Arnaud Montebourg, permettrait au groupe de BTP de se désengager d’un secteur où il ne dispose plus d’une taille critique tout en préservant l’emploi dans sa filiale (près de 9.000 postes concernés), relèvent les analystes d’Oddo Securities. Ils estiment que la transaction conduirait à des synergies d’un peu plus d’un milliard d’euros par an pour Orange, qui pourrait offrir un prix de rachat de 6,3 milliards d’euros, dont 1,8 milliard correspondant à la cession des actifs destinés à Iliad.

Mais ce cas de figure serait négatif pour Numericable/SFR en faisant disparaître les gains liés au projet de mutualisation de son réseau avec celui de Bouygues Telecom, en diminuant aussi à moyen terme la valeur de son activité de gros dans le fixe, juge Natixis. Quant à Iliad, malgré les compensations reçues, il «se trouverait face à deux opérateurs disposant d’une meilleure couverture mobile et très haut débit».

Selon Oddo Securities, une solution plus raisonnable serait une mise en commun des infrastructures d’Orange et de Bouygues Telecom, qui aboutirait pour le premier à «des économies de coûts de 250 millions d’euros par an sur les réseaux mobiles». Elle générerait dans le fixe des revenus supplémentaires potentiels proches de 200 millions pour l’ex-opérateur historique, «en supposant le paiement de 500.000 abonnés, pour lesquels Bouygues verserait près de 16 euros par mois pour accéder au réseau FTTH (fibre jusqu’au domicile) d’Orange».

Comme le résument les analystes d’Aurel-BCG, «l'intérêt évident pour Bouygues de discuter avec Orange est de faire monter les enchères et de forcer éventuellement Iliad à faire une contre-offre plus élevée».

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