L’Etat prolonge le jeu sur Alstom

le 30/04/2014 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

Le groupe se donne la possibilité d’examiner le projet de Siemens en parallèle de celui de GE

Patrick Kron, le PDG d’Alstom. Photo Bloomberg

Patrick Kron n’en voulait pas depuis des années. Le PDG d’Alstom et son conseil d’administration ont finalement cédé sous la pression de l’Elysée et du ministre de l’Economie. Le groupe de turbines et de trains ouvre la porte à un examen du projet de rachat de sa division d’énergie envisagé par l’allemand Siemens, instaurant ainsi une forme de concurrence à l’offre ferme présentée auparavant par l’américain General Electric. La cotation de l’action Alstom doit reprendre ce matin, après trois jours de suspension.

Le geste d’ouverture d'Alstom ne gèle pas les discussions avec GE. «On avance, libre à Siemens d’avancer aussi», indiquait hier à L’Agefi une source proche du conglomérat américain. Le groupe allemand dispose toutefois désormais de plusieurs semaines pour élaborer son dossier et tenter de refaire son retard sur GE dont l’offre était déjà sur le point d’être acceptée le week-end dernier par le conseil d’administration d’Alstom avec l’appui de Bouygues, premier actionnaire avec un peu plus de 29% du capital.

Alors que Rothschild et BoA Merrill Lynch épaulent Alstom, General Electric est conseillé par Lazard et Credit Suisse. Siemens s’appuie sur deux banques françaises, BNP Paribas et la Société Générale.

Si la direction de Siemens a obtenu hier le feu vert de son conseil de surveillance pour présenter une offre, le groupe allemand n’a pas fourni de précisions sur celui-ci. Selon les indiscrétions, sa proposition valoriserait la branche énergie d'Alstom à 10,5 milliards d'euros, en incluant du cash et des transferts d'actifs ferroviaires au groupe français, au-dessus de la capitalisation boursière d’Alstom, valorisé 8,33 milliards jeudi soir dernier, avant sa suspension de cotation.

La proposition initiale de Siemens serait ainsi légèrement supérieure aux 9,4 milliards d'euros évoqués pour l’offre de GE. Mais elle se révélerait, selon de nombreux analystes, nettement plus compliquée à mettre en œuvre. D’un point de vue concurrentiel tout d’abord. Avec Alstom, Siemens détiendrait près de la moitié du marché mondial des turbines, selon les analystes de Citigroup, contre une part de 25% à 28% dans le cas d’un mariage GE-Alstom. Elle serait également plus risquée socialement, même si la direction de Siemens s’est engagée devant François Hollande à ne pas toucher aux effectifs pendant trois ans. Les deux entreprises sont en compétition frontale depuis des années, ce qui a nourri les clivages entre les équipes.

L’examen de la proposition de Siemens répondrait en tout cas à la pression du gouvernement. Hier, Arnaud Montebourg a publiquement reproché à Patrick Kron de lui avoir caché les négociations qu'il menait avec General Electric. «Depuis le mois de février, j'interroge Patrick Kron (…), dûment, solennellement et sérieusement» et il «m'a toujours dit qu'il n'avait aucun projet d'alliance», a sermonné le ministre de l’Economie. «Est-ce que le ministre de l'Economie doit aller installer un détecteur de mensonges dans son bureau?», a ironisé le ministre.

Ces agitations passées, la cotation d’Alstom reprend ce matin, après une suspension de trois jours, inédite en pareil cas. Réuni hier matin, «le collège de l’AMF s’est montré soucieux d’une reprise rapide de la cotation d’Alstom», a assuré Gérard Rameix le président du gendarme des marchés financiers, appelant Alstom à présenter «une information sur le contenu et les modalités des offres en présence».

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