GDF Suez sacrifie massivement la valeur de ses actifs européens

le 28/02/2014 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

Le groupe déprécie de 14,87 milliards d'euros ses actifs thermiques en Europe, concurrencés par les renouvelables et le gaz de schiste

Gérard Mestrallet n’a pas battu Jean-René Fourtou. Les 14,87 milliards d’euros de dépréciations annoncés hier par GDF Suez restent inférieurs au record de 18,4 milliards de Vivendi Universal en 2002 quelques mois après la démission de Jean-Marie Messier. Maigre consolation. Car, même si elle n’entraîne aucune sortie de cash, l’écriture envoie les comptes annuels de GDF Suez dans le rouge vif (-9,7 milliards d’euros). Elle illustre surtout l’ampleur des difficultés du groupe en Europe.

Malgré le rachat d’International Power en 2012, la moitié des capacités de production de GDF Suez est encore située sur le Vieux Continent et la région représente 80% de son chiffe d’affaires.

A la baisse de la consommation d’électricité (pas de croissance économique, efficacité énergétique...) s’est ajoutée l'arrivée des capacités renouvelables subventionnées et prioritaires sur les réseaux. Résultat, les centrales thermiques européennes de GDF Suez tournent à 20% de leur capacité et brûlent plus de cash que de gaz. Le groupe paie aussi la révolution du gaz de schiste américain qui a provoqué un afflux massif de charbon bon marché vers l’Europe au moment où les énergéticiens installaient des centrales gazières dont certaines n’ont jamais servi.

Sur les 5,67 milliards d’euros de dépréciations d’actifs inscrites en 2013, les deux tiers portent sur les centrales thermiques en Allemagne, Pays-Bas, Belgique, Luxembourg et France, le solde étant réparti en Italie et dans le reste de l’Europe. Quant aux 4,44 milliards de dépréciations de goodwills, 80% sont imputés à la division Europe de l’ouest.

«Nous avons subi l’effet d’une bombe atomique», déplore Gérard Mestrallet en direction des politiques. Le PDG rappelle qu’il avait tiré le signal d’alarme dès 2012 en dépréciant de 1,5 milliard d’euros sa division Europe. Depuis, tous les producteurs ont accumulés les dépréciations, E.ON venant juste derrière GDF Suez avec 11 milliards.

Cette remise à plat doit permettre à GDF Suez de repartir de l’avant. Déjà, par la baisse des amortissements, la dépréciation rapportera 350 millions de résultat net récurrent en 2014, de quoi compenser la conjoncture négative, avant un retour de la croissance. Pour la nourrir, le groupe va relancer ses investissements en coupant son dividende: 1 euro minimum contre 1,5 euro ces dernières années, soit une économie de 1,2 milliard d’euros par an. Il avait fait l’inverse en 2012.

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