L'Etat se porte au chevet d'Alcatel-Lucent

le 10/01/2013 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

Le FSI examine le dossier de rachat de la filiale de câbles optiques sous-marins

La situation financière d’Alcatel-Lucent préoccupe l’Etat français. Illustration L'Agefi.

La situation financière d’Alcatel-Lucent préoccupe l’Etat. Alors que le groupe vient de débuter la syndication de son projet de prêt de 1,6 milliard d’euros sécurisé sur ses actifs, le Fonds stratégique d’investissement pourrait participer au rachat d’ASN, la filiale de câbles optiques sous-marins. Des discussions sont en cours avec différents investisseurs, a appris L’Agefi de plusieurs sources proches du dossier. L’opération, estimée entre 600 et 700 millions d’euros, donnerait un peu d’air avant d’envisager un refinancement plus pérenne.

En plus d’ASN, Alcatel-Lucent réfléchit à la vente de ses dernières activités dans les réseaux pour les entreprises. Au total, la direction de l’équipementier en télécoms espère récupérer entre 1 et 1,5 milliard d’euros de ces différentes cessions. Ces fonds permettraient de faire face aux futures échéances dont celles érigées par le nouveau prêt contracté auprès de Goldman Sachs et de Credit Suisse. Avec les frais, le taux ressort à près de 9,6% et son coût atteindrait ainsi près de 500 millions d’euros. La partie la plus courte du prêt, 500 millions de dollars sur 3,5 ans, est d’ailleurs remboursable sur des cessions d’actifs.

En cas de défaut, les banques prendraient le contrôle de plusieurs actifs, dont les brevets. Une perspective que veut à tout prix éviter l’Etat français. Alcatel-Lucent dispose d’un portefeuille de 30.000 brevets, dont 41% déposés en Europe. Sa valeur a été récemment estimée entre 3,2 et 5,5 milliards d’euros par un cabinet indépendant. Selon la direction du groupe, une gestion plus active de ce portefeuille permettrait de quasiment tripler le montant des royalties générées par ces brevets à plus de 400 millions d’euros par an.

Déjà présent via la Caisse des dépôts et consignations qui détient 3,6% du capital d’Alcatel-Lucent, l’Etat réaffirmerait ainsi le caractère stratégique de l’équipementier en télécoms. Malgré cinq plans sociaux et plus de 2,7 milliards d’euros de charges de restructuration en cinq ans, le groupe emploie encore environ 9.000 personnes en France, essentiellement des ingénieurs. Il est aussi le premier fournisseur d’équipements de réseaux mobiles de France Télécom dans l’Hexagone.

Cette intervention de l’Etat pourrait néanmoins ne pas suffire. La direction du groupe a reconnu avant-hier devant des analystes que le prêt nanti ne fait que repousser le problème de la dette. Selon Morgan Stanley, entre les coûts de restructuration, les impôts, la hausse des charges financières ou le financement du fonds de pension, le groupe pourrait consommer un peu plus d’un milliard d’euros de cash par an jusqu’en 2015. Pour couvrir ses besoins et arriver à l’équilibre de trésorerie, Alcatel-Lucent doit ainsi générer au moins 6% à 7% de marge opérationnelle, compte tenu d’un objectif de chiffre d’affaires de 15 milliards d’euros. La direction prévoit bien pour 2015 une marge comprise entre 6% et 9%, mais l’objectif est jugé optimiste par de nombreux analystes et laisse de toute façon peu de place à l’erreur.

A moyen terme, une augmentation de capital pure et simple n’est donc pas exclue. Mais pour cela, il faut absolument que le cours repasse au-delà de 2 euros, la valeur nominale des actions en dessous de laquelle une augmentation de capital est impossible. Ce qui suppose une remontée de 64% du cours de Bourse par rapport à sa valeur hier soir.

La situation financière d’Alcatel-Lucent préoccupe l’Etat français. Illustration L'Agefi.
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La situation financière d’Alcatel-Lucent préoccupe l’Etat français. Illustration L'Agefi.

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