L’arrivée de Free Mobile a amputé de plus d'un milliard le chiffre d'affaires des opérateurs

le 16/11/2012 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

Ce manque à gagner se répercute immédiatement sur l'Ebitda et les cash-flows. Bouygues Telecom devra être recapitalisée par ses actionnaires

Le solde débiteur continue de s’aggraver pour les opérateurs français de téléphonie mobile. S’ils sont parvenus à endiguer, voire à inverser, les flux migratoires de leurs clients vers le nouvel entrant Free Mobile, les baisses de tarifs appliquées sur leur base d’abonnés continuent de faire des ravages.

Rien qu’au troisième trimestre 2012, en cumulé d’une année sur l’autre, Orange France, SFR et Bouygues Telecom ont perdu 475 millions d’euros de chiffre d’affaires dans le mobile. Au total, en un an, période à partir de laquelle les opérateurs en place ont commencé à réellement ajuster leur offre commerciale à l’arrivée de Free Mobile mi-janvier, ce sont plus de 1,1 milliard d’euros de chiffre d’affaires qui se sont envolés. Dans le même temps, Free Mobile a généré 558 millions d’euros de revenus. La différence, soit près de 500 millions d’euros, est donc schématiquement revenue aux consommateurs.

Cette baisse de chiffre d’affaires s’est immédiatement répercutée sur les résultats des opérateurs mobiles, dont le modèle économique est majoritairement constitué de coûts fixes. Au troisième trimestre, l’impact cumulé sur l’Ebitda de SFR et de Bouygues Telecom (Orange ne fournit pas de résultat opérationnel trimestriel par division) atteint 230 millions d’euros, dont 122 millions rien que pour Bouygues, le plus petit des trois opérateurs. Sur un an glissant, la perte d’Ebitda culmine à 464 millions d’euros, sans compter Orange.

Un trou qui se retrouve immédiatement dans les capacités d’autofinancement des opérateurs. Bouygues Télécoms qui devrait avoir investi 856 millions d'euros cette année, plus 683 millions pour l'acquisition des fréquences 4G, ne pourra pas couvrir seul ces dépenses avec son cash-flow. Les actionnaires de l’opérateur, Bouygues et le Groupe Decaux, devront ainsi recapitaliser la filiale.

Pour tenter de contrer cette érosion, les opérateurs ont répondu commercialement et lancé des plans d'économies pour réduire d'environ 10% leurs structures de coûts. Mais le rééquilibrage devrait prendre plusieurs trimestres encore. D'où les réflexions multiples entre tous les opérateurs pour tenter de trouver au plus vite une solution, jusqu'à envisager des rapprochements.

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