Berlin fait avorter la fusion EADS-BAE

le 11/10/2012 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

Malgré l'accord capitalistique entre les Etats, l’Allemagne invoque ses intérêts industriels

EADS-BAE : entre Paris, Londres et Berlin, l’Allemagne a été clairement jugée responsable de cet échec par les deux industriels. Illustration : L'Agefi.

A peine un mois après l’annonce de leur rapprochement, EADS et BAE Systems ont dû jeter l’éponge, malgré l’accord industriel préparé entre eux. «Il est devenu évident que les intérêts des Etats parties prenantes ne peuvent être réconciliés adéquatement entre eux ou avec les objectifs que s’étaient fixés EADS et BAE Systems pour la fusion», ont déclaré les deux groupes. Et entre Paris, Londres et Berlin, l’Allemagne a été clairement désignée responsable de cet échec par les deux industriels.

«Il est juste de dire qu’il y a eu des difficultés avec le gouvernement allemand», a expliqué Ian King, directeur général de BAE. Berlin «n’a donné aucune raison claire pour justifier son opposition», a ajouté un porte-parole d’EADS, alors que «des solutions avaient été trouvées à toutes les questions soulevées par les gouvernements français et britannique». De fait, l’axe franco-britannique qui se dessinait n’était pas pour plaire à Berlin. Et selon une source gouvernementale française citée par Reuters «il semblerait que la chancelière ne souhaite pas que les discussions se poursuivent».

Et pourtant, un accord avait été trouvé sur la structure capitalistique des Etats. Berlin pouvait monter à 9% du capital du nouvel ensemble, en parité avec Paris, qui s’engageait – tacitement – à ne pas dépasser le seuil des 10%.

Attaquée de toutes parts, l’Allemagne refuse de porter seule le chapeau. «L’Allemagne n’est pas la seule à avoir bloqué la fusion entre EADS et BAE, la France aussi avait des réserves», confie une source gouvernementale allemande à Reuters, ajoutant que l’avis défavorable de certains gros actionnaires privés et des marchés financiers a contribué aux réserves allemandes.

Le fonds Invesco, premier actionnaire de BAE, n’y voit pas de logique stratégique et a surtout souligné le manque de visibilité sur le dividende. Auparavant, Lagardère, qui détient 7,45% du capital, avait également manifesté ses interrogations. Quant aux analystes, nombre d'entre eux critiquaient le rapport de fusion 60-40, plus favorable à BAE, ne reflétant pas la réalité des perspectives économiques des deux partenaires.

«Je crois que les intérêts industriels de l’Allemagne […] sont mieux garantis sous cette forme», a déclaré Peter Hintze, le secrétaire d’Etat allemand à l’Economie, au site du Spiegel, rappelant que la force d’EADS repose sur la coopération entre l’Allemagne et la France. Pour autant, de quelle coopération peut-on parler aujourd’hui après le violent camouflet infligé hier à son partenaire français?

Quels vont être les conséquences de cette position sur la gouvernance d’EADS, alors que Tom Enders a mené tambour battant ce projet de fusion ? Plus mesuré, le président Hollande «constate» l’échec de ce rapprochement. «Je n’ai pas à regretter ou à me réjouir, a dit le chef de l’Etat. C’est la décision des entreprises».

En attendant, le grand gagnant est Boeing, qui voit disparaître avant d’être né le géant qui aurait pu le concurrencer fortement, en particulier sur son marché domestique.

En outre, l’action EADS a rebondi hier de 5,29% à 27,48 euros, mais sans revenir encore sur son niveau d’environ 30 euros avant l’annonce du rapprochement. Pour sa part, BAE a signé une cinquième séance consécutive de baisse, cédant seulement 0,80% à Londres à 320,90 pence.

EADS-BAE : entre Paris, Londres et Berlin, l’Allemagne a été clairement jugée responsable de cet échec par les deux industriels. Illustration : L'Agefi.
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EADS-BAE : entre Paris, Londres et Berlin, l’Allemagne a été clairement jugée responsable de cet échec par les deux industriels. Illustration : L'Agefi.

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