Le rachat d'IP coûte cher à GDF Suez

le 30/03/2012 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

Le groupe veut 100% de sa filiale. Mais le cours de celle-ci est déjà supérieur au prix proposé

La progression du cours d’International Power pousse GDF Suez au rachat.

GDF Suez met fin à la spéculation. Face à la multiplication des rumeurs, et à la progression du cours d’International Power, le groupe d’énergie a révélé hier sa volonté de racheter les 30% du capital de sa filiale britannique encore cotés à Londres. Le montant total de l’opération s’élève à 7 milliards d’euros, ce qui pourrait pousser GDF Suez à augmenter ses cessions d’actifs. L’intégration totale d’IP vise à simplifier ses structures, à limiter la décote de holding et à bénéficier de sa croissance dans les émergents.

En 2010, lors du rachat d’IP par l’apport de ses actifs internationaux, GDF Suez s’était engagé à ne pas accroître sa participation jusqu’en août 2012. L’approche de cette date a nourri la rumeur, expliquant une partie de la hausse de 20% du cours d’IP depuis le début de l’année, quand dans le même temps l’action GDF Suez perdait 9%.

Du coup, en dévoilant son offre, le groupe français espérait éteindre la spéculation. En vain. Le prix de 390 pence par action IP risque de ne pas suffire. Hier soir, le cours d’IP s’élevait déjà à 405 pence. «Dans ce genre d’opération, on ne met jamais son dernier prix sur la table le premier jour», rappelle une source proche du dossier. D’autant que pour pouvoir monter au capital avant le mois d’août, GDF Suez devra obtenir le soutien des six administrateurs indépendants du conseil d’IP (treize membres au total) qui représentent les actionnaires minoritaires.

GDF Suez dispose d’une marge limitée, même s’il s’était préparé pour cette opération en gelant son dividende 2011 et en limitant ses investissements. Un prix de rachat au-delà de 400 pence par action enverrait la dette au-dessus de la limite fixée par la direction du groupe à 2,5 fois l’excédent brut d’exploitation, calculait récemment Exane BNP Paribas. Hier, GDF Suez a reconnu que le rachat des minoritaires d’IP pourrait le contraindre à amplifier ses cessions d’actifs pour maintenir sa notation dans la catégorie «A». Après le rachat des 70% d’IP, le groupe s’était engagé à vendre pour 8 milliards d’euros. Les deux tiers du chemin ont été réalisés. Fin 2011, le groupe portait une dette nette de 37,6 milliards d’euros, 2,3 fois son Ebitda.

La marge de manœuvre est également limitée par la faiblesse des synergies engendrées par une montée à 100%, qui plus est à un multiple de valorisation estimé à 9 fois l'Ebitda, deux points de plus que le ratio de GDF Suez. IP est déjà intégré en totalité dans les comptes de GDF Suez et le groupe français dispose du contrôle de la direction. La détention de 100% du capital permettra surtout de simplifier la structure, alors que la cotation à Londres et les règles de gouvernance associées peuvent créer des lourdeurs. Un autre objectif vise «à réduire la décote de holding dont commençait à souffrir GDF Suez», décrypte un banquier. Car en plus des 30% chez IP, le groupe compose avec des minoritaires chez Suez Environnement, dans sa division exploration et production avec le fonds chinois CIC, ainsi que chez RTGaz dont le capital a été ouvert à la CNP et à la CDC.

Enfin, en retirant IP de la cote, GDF Suez espère faire revenir les fonds qui préféraient investir directement dans sa filiale, pour profiter de sa présence dans les pays émergents, plutôt que dans GDF Suez, fortement exposé aux marchés français et belge. Le projet n’a pas convaincu. Le cours de l’action GDF Suez a perdu 1,47%.

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