Les AG ne baissent pas la garde sur les salaires

le 19/05/2011 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

Malgré plus de transparence, stock-options ou actions gratuites suscitent toujours la méfiance

Finalement, les dirigeants de Seb n’auront pas de stock-options ni d’actions gratuites. Quant au PDG d'Edenred, Jacques Stern, il percevra bien des indemnités en cas de licenciement mais la résolution n’a recueilli qu’une faible majorité. Coup sur coup, les actionnaires de ces deux entreprises du SBF 120 viennent de rappeler aux dirigeants leur vigilance concernant les rémunérations. Une méfiance entretenue par la forte hausse des salaires fixes en 2010, composante encore non soumise en France au vote des actionnaires.

Les actionnaires français ne sont pas opposés par principe aux rémunérations variables des dirigeants. A mi-saison (53 sociétés du SBF 120 ont tenu leur AG depuis le début de l’année), les dernières statistiques publiées par l'activité gouvernance d’Euro RSCG, dirigée par Bénédicte Hautefort, montrent d’ailleurs que les résolutions soumises cette année au vote ont recueilli des scores plus élevés qu’en 2010. En moyenne, les «parachutes dorés» (indemnités de licenciement…) ont ainsi été adoptés à 85% en 2011 contre 82% en 2010. Le score moyen des retraites chapeaux monte à 83%, 2 points de mieux qu’en 2010. Les stock-options montent même à 90% (83% en 2010). Seules les actions gratuites ont recueilli moins de suffrage (79% contre 81%).

Ce comportement s’explique, selon Bénédicte Hautefort, par les améliorations apportées ces dernières années en matière de gouvernance. «Depuis les excès du milieu des années 2000, suivis de la mise en place du code Afep-Medef, les actionnaires institutionnels utilisent une grille de critères très normée pour décider de leur vote : performance financière, dilution potentielle, nombre de bénéficiaires des outils de rémunération, critères d'attribution. La majorité des entreprises se sont adaptées à cette grille. Les actionnaires votent largement les demandes qui entrent dans leurs grilles», indique l’associée d’Euro RSCG, ancienne directrice générale du cabinet de conseil aux actionnaires InvestorSight.

En revanche, «dès qu’un plan de rémunération sort de celle-ci, il est voté à une faible majorité, voire rejeté», prévient Bénédicte Hautefort. Début mai, le plan de stocks-options chez Vinci, une société qui avait défrayé la chronique en 2006 avec la rémunération de son ancien PDG, Antoine Zacharias, n’a ainsi été adopté qu’à 68%, juste au-dessus de la majorité des deux tiers requise en AG extraordinaire. Autre exemple de cette méfiance: le plan d’émissions d’actions au profit des salariés de M6 a été rejeté début mai par les actionnaires du groupe de médias. Il n’a obtenu que 30% de votes favorables.

Si les actionnaires ont appris à mieux décrypter et appréhender les plans de rémunérations variables des dirigeants, grâce à une amélioration des règles de transparence, «certaines augmentations des salaires fixes en ce début 2011 ont suscité les interrogations des actionnaires sur la vertu des dirigeants en matière de rémunérations», avance Bénédicte Hautefort qui prévoit de dresser un état des lieux complet après la fin de la saison 2011 des AG.

Pour éviter ces arrière-pensées, plusieurs sociétés de conseil, dont Proxinvest, demandent depuis plusieurs mois que la politique de rémunération complète de la direction, même la partie fixe, soit soumise au vote de l’AG. Seule la France ne pratique pas ce vote «say on pay» alors qu'il a déjà été instauré au Royaume-Uni, aux Pays-Bas, en Suisse, en Allemagne, en Belgique et aux Etats-Unis.

A lire aussi