Thales alourdit ses comptes 2010 pour se donner davantage de visibilité

le 15/02/2011 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

Evoquant un héritage difficile, le groupe comptabilise plus de 700 millions d’euros de charges. Critiqué, son PDG se dit victime de « déstabilisation »

Thales prend les devants. A dix de jours de la publication de ses résultats, le groupe français a fait part lundi au marché de mesures destinées à lui assurer un nouvel élan. Le spécialiste de l'électronique de défense, d'aéronautique et de sécurité a décidé de passer sur l’exercice écoulé plus de 700 millions d’euros de charges et provisions complémentaires. Elles concernent notamment l'avion de transport militaire A400M, l'avion de patrouille maritime turc Meltem et dans une moindre mesure un contrat de billettique au Danemark.

D’un montant nettement supérieur aux attentes – les analystes tablaient sur une fourchette comprise entre 100 et 150 millions d’euros – ces charges viennent relever la facture totale pour les contrats antérieurs à 2009 à 1,2 milliard d’euros sur les deux derniers exercices. «Nous voyons maintenant le bout du tunnel sur ce portefeuille de contrats difficiles hérités du passé», a souligné Luc Vigneron, le PDG de Thales, rejetant implicitement la responsabilité sur l’ancienne direction et son prédécesseur Denis Ranque. Lui-même donné sur le départ sous la pression de l’actionnaire public, et critiqué en interne, le dirigeant a dénoncé une «tentative de déstabilisation» et soutenu que le conseil d'administration lui assurait toute sa confiance.

Ce fardeau comptable va peser sur le résultat opérationnel. Le groupe essuiera une perte de l'ordre de 100 millions d’euros. Le chiffre d’affaires est attendu en recul (-1%) à périmètre et taux de change constants, autour de 13,1 milliards d’euros. Douchés en première lecture par cet avertissement, les investisseurs ont ensuite regagné confiance à la lumière des prévisions avancées par le groupe. L’action a clôturé en hausse de 4,56% à 27,53 euros. «Les perspectives ont le mérite d'offrir plus de visibilité et de montrer un redressement des marges à partir de 2012», a expliqué Christophe Menard, analyste chez Kepler Securities.

Le groupe vise cette année une marge opérationnelle de 5% environ (après environ 1,5% de charges de restructuration) et de 6% l’année prochaine (après 1% de charges de restructuration), et reste peu optimiste sur la génération de cash-flow libre opérationnel en 2011, après une forte contraction en 2010 (à 271 millions d’euros). La normalisation des éléments exceptionnels devrait apporter un peu de répit à partir de 2012 même si les revenus dans la défense ne laissent guère entrevoir d’amélioration.

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