Ingenico rejette l'OPA de Danaher

le 20/12/2010 L'AGEFI Quotidien / Edition de 7H

Le groupe français juge insuffisants les 28 euros par action offerts par l’américain

Ingenico refuse à ce stade l’offre de Danaher. Le groupe l'a confirmé hier dans un communiqué, sans toutefois citer le nom de l'américain. Réuni ce week-end, le conseil d’administration du fabricant de terminaux de paiement a jugé insuffisants les 28 euros par action proposés (soit 1,4 milliard d'euros au total), un prix proche du dernier cours de 27,59 euros. Il estime aussi que la stratégie de la direction est la plus appropriée pour atteindre l’objectif d’un milliard d’euros de chiffre d’affaires en 2013 avec une marge d'Ebitda de plus de 18%.

Le dossier pourrait néanmoins rebondir dans les prochaines semaines. Premier actionnaire d’Ingenico avec 22,38% du capital, Safran est en effet libre de céder sa participation. «L’annonce d’une offre d’achat était tout sauf une surprise», explique une source proche d’Ingenico. Premier actionnaire du fabricant de terminaux de paiement depuis mars 2008, à la faveur d’un apport de ses actifs dans la monétique, Safran s’était engagé à ne pas modifier sa position pendant deux ans. Le «lock-up» est donc tombé en mars dernier. Ensuite, cette participation n’est plus stratégique pour Safran, recentré plus que jamais sur l’aéronautique. Enfin, sa cession lui permettrait d’encaisser une plus-value confortable.

Ingenico avait en effet financé l’apport d’actifs par l’émission de 10,66 millions d’actions nouvelles au prix unitaire de 21,9364 euros auxquelles il avait ajouté 4,85 millions d’euros en numéraire, soit un montant total de 243,63 millions d’euros. La participation dans Ingenico est valorisée 213 millions d’euros dans les comptes de Safran. En la cédant au prix de 28 euros par action, le groupe d’aéronautique aurait ainsi empoché une plus value de 85 millions d’euros.

La cession de ce bloc pourrait donc revenir sur la table du conseil d’administration d’Ingenico dans les prochaines semaines. Mais à un prix plus élevé. Les 28 euros par action proposés par Danaher ressortaient en dessous de l’objectif de cours de nombreux analystes financiers. La semaine dernière, Goldman Sachs avait ainsi relevé sa valorisation à 36,5 euros. Mais aussi dans d’autres conditions, alors que «le prix n’est pas la seule composante de ce dossier», explique un proche d'Ingenico. L’électronique devient de plus en plus centrale dans les systèmes de paiement et certains pans du secteur, notamment l’authentification, peuvent être considérés comme stratégiques par la France. Le Fonds stratégique d’investissement est par exemple depuis 2009 le premier actionnaire de Gemalto, dont certaines activités s’apparentent à celles d’Ingenico.

S’il parvient à rassurer sur ce point, alors qu’il est présenté comme l’un des conglomérats américains les plus secrets, Danaher a les moyens de revenir dans les prochaines semaines avec une offre plus élevée. Coté à la Bourse de New York, avec des activités qui vont des équipements aéronautiques ou médicaux, en passant par les instruments de mesure ou de test, le conglomérat pourrait consacrer 2 milliards de dollars à des acquisitions au premier semestre 2011, selon les analystes de Jefferies. Mais d’autres groupes pourraient aussi se montrer intéressés par le premier fabricant de terminaux de paiement dont les deux principaux concurrents, les américains Verifone et Hypercom, sont actuellement en cours de fusion.

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