Etat, des leviers à repenser

le 18/05/2017 L'AGEFI Hebdo

Etat, des leviers à repenser
(Pierre Chiquelin)

Emmanuel Macron se flatte de bouleverser les vieux schémas politiques : osera-t-il aussi bouleverser les vieux schémas de l’action publique, dont les participations – majoritaires ou non – dans les entreprises – stratégiques ou non – sont une des expressions traditionnelles ? Le Président s’est peu exprimé sur le sujet. Son action passée à Bercy et ses quelques déclarations laissent supposer qu’il sera ouvert à l’évolution du portefeuille de l’Etat. A ce stade, le pragmatisme, dans ce domaine aussi, semble au programme de l’exécutif. Peut-on pour autant, au-delà d’une « respiration » active des 80 milliards d’euros de participations cotées de l’Etat (lire L’Evénement), anticiper l’impulsion d’un véritable programme de « privatisations » comme la France en connut au siècle dernier ? Rien ne l’annonce pour l’instant.

On doit pourtant souhaiter que le Président aille plus loin qu’un toilettage du portefeuille dont l’objectif financier serait alors, presque par construction, premier. Le sujet est celui-ci : comment l’Etat peut-il au mieux user de son influence dans l’économie pour garantir les intérêts nationaux ? Au 21e siècle, c’est moins par son intervention capitalistique, toujours marquée au coin de l’opportunisme politique, que par la régulation que l’objectif doit être atteint. Il est vrai que l’irruption de l’Etat dans un dossier économique peut parfois être non seulement justifiée mais indispensable ; le cas PSA est là pour le prouver. Mais comment contester aussi que l’interventionnisme brouillon dont il est coutumier – consubstantiel à son action du fait de la multiplicité d’intérêts publics contradictoires – est le prix à payer pour son influence d’actionnaire ? Ses lourdes bévues en matière de gouvernance en sont la manifestation la plus évidente. La régulation de secteurs stratégiques – comme l’énergie, les télécoms, la finance, les transports, le numérique… – sont des leviers bien plus efficaces pour viser le bien public que la détention d’une participation dans un supposé champion national, face à des intérêts privés dont la puissance de feu n’a plus de rapport avec celle de l’Etat lui-même. La recherche d’un consensus européen sur le caractère non négociable de la règle de réciprocité, qui devrait à l’avenir commander tous les investissements transfrontières, est le type même de la démarche à privilégier.

Si le nouveau président veut, capitalistiquement, garantir l’influence française dans nos champions nationaux, une seconde voie reste encore ouverte : celle de la reconstruction d’une culture actionnariale en voie d’extinction. La relance de l’actionnariat populaire et salarié, l’encouragement de l’investissement de long terme et un lobbying tenace en faveur de l’aménagement de Solvabilité 2 en seraient des vecteurs possibles parmi d’autres. Un Etat impécunieux et divisé contre lui-même ne doit plus faire de l’intervention capitalistique le levier numéro un de son action. C’est là-dessus aussi que la modernité revendiquée du nouveau président sera jugée.

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