Dette & change

L’analyse financière franchit un saut qualitatif avec le big data

le 16/02/2017 L'AGEFI Hebdo

Les nouvelles technologies permettent des scorings plus performants, sans toutefois supprimer toute la part humaine dans l’évaluation.

Chez les acteurs de la désintermédiation, l’analyse financière est au cœur des décisions. Pour en réduire les coûts, notamment dans le financement des petites entreprises, plus question de mutualiser les moyens. La voie passe plutôt par l’automatisation de cette analyse. Les nouvelles technologies permettent aux investisseurs d’accéder à de nombreux éléments et de les croiser de façon éclairante pour évaluer le risque de crédit. Ellisphere propose depuis un an une offre qui va bien au-delà du score classique, soit l’évaluation automatique du risque de défaillance à court terme, à partir des données du bilan. Il est vrai que l’ex-Coface Services est propriétaire d’une base de données sur l’essentiel des entreprises publiques et privées françaises. « Grâce aux nouvelles technologies, nous avons bâti des scores pour modéliser les comportements des entreprises et prévoir leurs probabilités de défaut à un, deux, trois et cinq ans, explique Valérie Attia, directrice générale d’Ellisphere. Pour ce faire, nous utilisons le ‘machine learning’ et les millions de données financières que nous détenons sur les entreprises depuis plus de 20 ans. In fine, nos scores ont des performances tout à fait intéressantes, y compris sur des horizons lointains. »

Les nouvelles technologies ont permis de faire faire un bond considérable aux expertises. « On peut parler de révolution dans l’analyse car nos scores utilisent des méthodes d’échantillonnage et de modélisation très innovantes, assure Valérie Attia. Cette révolution a été rendue possible par la baisse des coûts d’accès aux technologies et à des puissances de calcul élevées. »

Vue d'ensemble

Fondés sur des modèles d’analyse quantitative, les scores prennent à présent en compte des éléments plus variés et débouchent sur des appréciations plus fines, donnant une vue d’ensemble sur l’entreprise, au-delà de la seule solvabilité. « Grâce à notre outil alimenté par diverses bases de données, pas seulement financières mais aussi sectorielles, juridiques…, nous avons mis au point fin 2016 une solution scientifique permettant d’apprécier le risque de défaut d’une entreprise, la performance sectorielle de cette entreprise par rapport à son secteur et ses pairs, et enfin sa valeur financière », expose Pascal Le Merrer, président du BIPE, cabinet de conseil en analyse stratégique et prospective économique. Strictement quantitative, l’approche permet de noter tout type d’entreprise, quelle que soit sa taille ou sa localisation géographique (France, Europe, monde).

L’enrichissement des données est permanent mais les perspectives ne vont pas jusqu’à laisser toute la place au quantitatif. « Il est indéniable qu’un seuil a été franchi ces derniers temps dans l’efficacité de l’analyse financière des entreprises grâce au big data’, indique Bertrand Meunier, responsable stratégie et développement chez Entrepreneur Venture. L’élément humain semble toutefois devoir rester important, pour apprécier des éléments qualitatifs comme le management, la capacité d’innovation, la position concurrentielle de l’entreprise. » 

Une plate-forme BtoB de prêts directs d’investisseurs à des PME comme FirmFunding, visant des opérations de 1 à 15 millions d’euros et dont le modèle repose sur un traitement standardisé des transactions, ne s’en tient pas non plus au score qu’elle calcule à partir de techniques de smart data. « Les outils de ‘scoring’ restent à affiner, estime Florence Vasilescu, présidente de FirmFunding. Ils sont très au point sur le court terme et ne suffisent pas pour le long terme. Nous ajoutons une analyse ‘humaine’, sachant que l’automatisation de l’analyse financière représente un chantier toujours ouvert et lié à la disponibilité de la ‘data’ des entreprises. »

Au-delà de son scoring et de son analyse approfondie, Ellisphere propose une notation privée qui fait une large place à l’approche humaine : un analyste qui examine la législation, la concurrence, l’écosystème, ainsi que les aspects qualitatifs et humains pouvant influer à moyen terme sur le développement et la pérennité des entreprises. Pour cette appréciation ad hoc, la société s’appuie sur 40 analystes répartis en régions, à proximité des entreprises et qui collectent et interprètent ces informations plus qualitatives venant compléter les analyses automatisées. « Au-delà du ‘big data’ et des croisements des données, la force de la notation privée d’Ellisphere réside dans l’analyse qualitative, fondée sur des entretiens avec les dirigeants et les partenaires », témoigne Bertrand Meunier. D’un genre encore unique à ce jour, l’outil est pris en compte par le FEI (Fonds européen d’investissement) comme réponse à ses exigences de gestion du risque par les investisseurs. 

Valérie Attia, directrice générale d’Ellisphere
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Valérie Attia, directrice générale d’Ellisphere

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