Dette & change

Les entreprises négocient pas à pas les taux planchers sur leurs crédits

le 16/02/2017 L'AGEFI Hebdo

Cette exigence des banques reste un enjeu dans un contexte de taux court terme toujours en territoire négatif.

Les entreprises s’engagent en faveur de l’insertion professionnelle des universitaires. Illustration: Fotolia

Les entreprises veulent davantage tirer parti de la situation atypique de la courbe des taux d’intérêt. Si les taux à long terme commencent à amorcer une remontée, les taux courts qui servent de base à leurs financements restent installés en territoire négatif, autour de -0,35 % pour l’Eonia et -0,24 % pour l’Euribor 6 mois. Or les banques ont imposé aux entreprises des taux plancher afin de ne pas les financer gratuitement, voire… les rémunérer compte tenu des taux négatifs. De plus en plus, l’exceptionnel devenant l’ordinaire, les emprunteurs renégocient ces conditions, comme Verallia qui, en fin d’année dernière, a accepté une marge augmentée de 0,25 % à 0,50 % en échange de la suppression du taux plancher à 1 % sur l’Euribor, l’indice à 3 mois s’établissant à environ -0,30 %. Soutenues en cela par l’AFTE (Association française des trésoriers d’entreprise), les entreprises sont de plus en plus nombreuses à demander la suppression des taux planchers imposés par les banques sur les taux de référence dans les contrats de financement. « La partie courte de la courbe des taux va rester négative encore longtemps, en 2017 sans doute, voire en 2018, donc il est important pour les entreprises de négocier un équilibre entre banques et entreprises », estime Hervé Labbé, président de la commission Financement de l’AFTE.

Les entreprises mettent en avant la corrélation avec les dépôts où les taux négatifs représentent une menace pour leurs placements : les grandes banques exercent une pression pour limiter les dépôts alors qu’elles-mêmes doivent placer leur trésorerie excédentaire à -0,40 %. Non seulement elles ne les rémunèrent plus mais elles demandent aux entreprises de placer leur argent ailleurs. « Du fait des taux de marché négatifs, les banques commencent à pratiquer des rémunérations négatives sur les dépôts pendant que sur les emprunts, elles appliquent des taux planchers, et nous nous élevons contre cette asymétrie, indique Hervé Labbé. Dans la mesure où la Banque centrale européenne (BCE), avec ses taux négatifs et les TLTRO (‘targeted long-term refinancing operations’), offre aux banques des rémunérations négatives à quatre ans pour peu qu’elles augmentent leurs encours de crédit, nous ne comprenons pas qu’elles ne le répercutent pas sur les emprunts des entreprises. »

Faute pour la politique de taux d’intérêt négatifs d’être appliquée de manière similaire sur tous les instruments, les entreprises peuvent s’en trouver pénalisées. « Par exemple quand une entreprise échange du ‘collateral’ pour une opération sur dérivés, la rémunération reçue sur le ‘collateral’ est négative, précise Hervé Labbé. L’asymétrie s’est renforcée tout au long de 2016. » La question touche davantage les ETI et les PME qui ne sont pas en position de force sur la question des financements. « Les banques ont tendance à se montrer intransigeantes dans les négociations sur les taux planchers, le sujet n’est pas nouveau et elles continuent de les imposer sans jamais les ‘pricer’ », expose David Guyot, directeur général chez Pandat, courtier en financements et placements.

Concessions

Dans un contexte de repentification de la courbe qui s’amorce, les banques ont cependant la partie la moins difficile, et certaines d’entre elles, surtout étrangères, sophistiquées ou régionales, sont prêtes à lâcher du lest sur le partage de l’évolution des taux. « Les banques ont tendance à se montrer plus pragmatiques depuis qu’un mouvement haussier s’est annoncé sur les taux, observe Didier Philouze, managing director chez Redbridge. Nous voyons certaines entreprises qui arrivent désormais à renégocier les ‘floors’ et à trouver un compromis avec les banques pour se partager l’évolution des taux négatifs. Les négociations de ce type se font en bilatéral. » Toute une gradation est possible dans les concessions. Négocier un floor à zéro pour l’ensemble Euribor plus la marge, ce qui permet de bénéficier d’une partie des taux négatifs, est ce qu’il y a de plus difficile, sans parler de supprimer tout bonnement la notion de floor. « Dans les autres cas, toutes les solutions sont envisageables, selon le degré de dépendance de l’entreprise à la banque, avec un ‘floor’ sur l’Euribor entre 0 et -0,30 %, ajoute Didier Philouze. Les banques veulent éviter qu’un ‘floor’ mal calibré engendre des situations d’arbitrage aberrantes, où tirer une ligne de crédit confirmée coûterait à l’entreprise moins cher que de verser la commission de non-utilisation. »

Ironie de l’histoire, les entreprises françaises se heurtent à la pratique des floors quand elles vont se financer sur le marché des emprunts privés allemands. « Répliques des crédits bancaires où des taux planchers sont prévus sur l’Euribor, les documentations des émissions Schuldschein, à taux variable, prévoient souvent des ‘floors’, précise Fabien Calixte, responsable de l’origination obligataire France chez BNP Paribas. Compte tenu des ‘spreads’ plus élevés, les documentations EuroPP ne contiennent pas ce genre de clause, même quand les taux sont variables. » 

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