Frédéric Duponchel, conseil financier des entreprises à la tête d’Accuracy

le 13/05/2010 L'AGEFI Hebdo

Ce cabinet d’expertise financière indépendant met sa maîtrise du chiffre au services de multiples transactions et situations.

Un endroit où il fait bon travailler. » Le cabinet de conseil Accuracy a terminé, pour la deuxième année consécutive, sur le podium du classement des entreprises françaises réalisé par l’institut Great Place to Work. « C’est aussi ce que nous voulions lorsque nous avons créé, avec d’autres anciens d’Arthur Andersen, notre structure fin 2004 », explique Frédéric Duponchel, son PDG. Il avait commencé sa carrière dans le cabinet américain en 1988, en audit puis support aux transactions, où il deviendra associé en 1999, avant le rattachement à Ernst & Young France après le scandale Enron... « Passer des ‘Big Five’ aux ‘Big Four’ a entraîné une recrudescence des conflits d’intérêts. »

Indépendance

Eviter les conflits d’intérêts en créant un cabinet indépendant, libéré des contraintes des activités réglementées de commissariat aux comptes (CAC) pour servir le client était l’objectif premier des fondateurs d’Accuracy. En effet, ces contraintes pèsent souvent sur les départements de conseil des grands cabinets, même lorsqu’il n’y a que deux groupes impliqués sur une même transaction : dès lors qu’ils ont chacun un « Big Four » comme commissaire aux comptes, cela limite forcément le choix des conseils... « A moins de se tourner vers un cabinet indépendant », poursuit Frédéric Duponchel.

Ce souci d’indépendance pousse d’ailleurs le cabinet à s’interdire de travailler pour deux clients distincts sur une même opération. Et a ensuite inspiré quelques autres créations, car ce modèle a démontré sa pertinence : bénéficiaire depuis le début, Accuracy est passé en cinq ans de 6 à 26 millions d’euros de chiffre d’affaires et de 12 à 140 consultants, dont 80 à Paris et 60 à l’étranger (à Madrid, Amsterdam, Milan, Francfort, Bruxelles et bientôt Londres).

« Notre métier consiste à donner du sens aux chiffres : les analyser, les fiabiliser, les commenter pour permettre la prise de décision à un moment clé de l’existence de l’entreprise. » Le cabinet s’est d’abord lancé dans le conseil-support aux transactions (TS), le support aux contentieux/arbitrages et l’évaluation (avec également les « attestations d’équité » et les évaluations de « management packages » dont le cabinet détient une très forte part de marché), avant d’ajouter très vite le recovery/conseil aux restructurations financières (puis l’analyse économique et sectorielle en 2009).

Des offres auxquelles participent presque tous les consultants du fait de l’organisation mise en place. En effet, chaque nouvelle mission est traitée par l’associé habituel avec, si nécessaire, l’appui d’un associé spécialisé « expert » : les deux montent alors une équipe mixte, composée de consultants pour partie issus du noyau d’experts spécialisés dans la mission et pour partie habitués à travailler pour ce client. « Cela amène associés et consultants à être déjà intervenus sur tous les types de missions », indique Stéphane Perrotto, associé spécialiste en TS et recovery.

Autres particularités : les bureaux, avec un associé pour cinq consultants, sont organisés pour faciliter une transmission permanente du savoir aux plus jeunes ; et chaque nouvelle mission est l’occasion d’un échange renouvelé avec une salle de travail attribuée le temps de la mission. Sur le support aux transactions, « le niveau de ‘seniorité’ des équipes ainsi constituées permet une approche moins standard et plus réactive, également un rapport plus synthétique qui sera donc lu par le client », expose l’associé spécialisé Arnaud Lambert.

A l’achat (comme sur Areva T&D pour Schneider), ces due diligence imposent au cabinet de vérifier dans les chiffres, en trois ou quatre semaines maximum, si l’histoire du vendeur est aussi belle que le dit le plan d’affaires présenté. L’idée est de confirmer les atouts et d’identifier les éventuels points noirs, de répondre aux questions du client et de s’assurer que l’opération atteint son objectif : acheter une part de marché, une expertise, une technologie, une rentabilité pérenne, etc. Le cabinet intervient aussi à la vente comme sur YSL Beauté, Cegelec, GDS Domicile, Surcouf l’an dernier. Dans la plupart de ses missions, la proximité avec l’équipe d’évaluation menée par Christophe Leclerc et Bruno Husson est indispensable... « Notre indépendance nous donne aussi plus de liberté dans la rédaction de nos conclusions », insiste Frédéric Duponchel. Et l’organisation choisie a permis de développer des expertises sectorielles fortes au niveau européen : énergie, infrastructures, immobilier, TMT, luxe, etc.

Mixité des savoirs

« Cette mixité des savoirs nous permet globalement de faire face à des situations diverses : analyser des prévisions de trésorerie à court terme ou rédiger une clause d’ajustement de prix », ajoute Stéphane Perrotto, en revenant aux spécificités du « recovery ». Cette offre a été lancée dès 2006 avec Rodolphe Pacciarella et Julien Sanier à Paris, anciens collaborateurs d’administrateur judiciaire, qui maîtrisent donc les procédures (collectives ou amiables) autour des entreprises en difficulté. « Nous intervenons pour le compte de sociétés en difficulté, des créanciers ou actionnaires, avec un premier objectif : définir le calendrier des discussions dans le cadre de la revue de trésorerie, comprendre l’origine des difficultés et chiffrer l’impact de la restructuration envisagée à partir des différents schémas possibles (via une independent business review, NDLR) », poursuit Rodolphe Pacciarella, avant d’évoquer différentes missions sur Heuliez, Autodistribution, Sia, Keria, Gantois, etc. « Nous accompagnons aussi de plus en plus des candidats (fonds ou corporates) à la reprise de sociétés ‘distress’ tant en phase amiable que judiciaire » (les fonds représentent 20 % de la clientèle).

« Nos compétences permettent aussi de mieux anticiper les clauses susceptibles de faire l’objet de contentieux », ajoute Christophe Schmit, responsable de l’équipe support aux contentieux/arbitrages, probablement la plus spécialisée à Paris. Les procédures d’arbitrages encadrées par le droit anglo-saxon impose en particulier que l’associé connaisse parfaitement le dossier car il peut être amené à témoigner devant la chambre arbitrale.

Avec des enjeux internationaux considérables, parfois chiffrés en centaines de millions d’euros. « Notre analyse comporte en général deux parties : l’une sur l’interprétation économique du litige (les scénarios ‘but-for’), l’autre sur l’évaluation des dommages. Notre rapport, annexé au dossier des avocats, doit être à la fois précis et pédagogique pour s’adresser à des juristes non spécialistes de nos métiers », explique Christophe Schmit. Ces missions, par nature plus longues, porteront par exemple sur la rupture d’un contrat, le non-respect d’un délai, des contentieux post-acquisition, etc.

Dans tous ses métiers, le cabinet a développé une telle expertise technique qu’il a reçu dès 2008 des signes d’intérêt de grands cabinets américains : les associés en ont alors profité pour racheter des parts à leur actionnaire de référence, le courtier Aon, et démontrer leur envie de poursuivre cette « aventure humaine et entrepreneuriale ».

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