Rencontre avec... Margrethe Vestager, commissaire européenne à la Concurrence

« Les fusions ne doivent pas réduire la concurrence en Europe »

le 09/06/2016 L'AGEFI Hebdo

Margrethe Vestager, commissaire européenne chargée de la Concurrence
(Crédit European Union.)

Quel est votre bilan en matière de contrôle des concentrations depuis votre prise de fonction en 2014 ?

Sur environ 300 notifications reçues chaque année par la Commission, nous en approuvons la grande majorité après un examen initial. Depuis le début de mon mandat, nous avons autorisé 485 fusions sans conditions et 26 sous conditions. Dans les autres cas, nous avions de sérieuses préoccupations non résolues en phase I et avons mené des examens approfondis. Les parties peuvent toujours nous convaincre que nos inquiétudes sont injustifiées (comme pour Fedex/TNT) ou y répondre par des solutions appropriées, ce qui est arrivé à 12 reprises. Cependant, nous ne pouvions pas approuver le projet de rachat de 02 par Hutchison selon les termes proposés, car cela aurait nui aux consommateurs britanniques et aux affaires. Enfin, dans trois cas, des entreprises ont abandonné l’opération avant notre décision finale.

Le blocage de certaines transactions n’empêche-t-il pas l’émergence de champions mondiaux ?

Le rôle de la Commission est de s’assurer que les fusions dans l’Union européenne ne réduisent pas la concurrence. Une concurrence efficace assure des prix justes, davantage de choix et une meilleure qualité des produits et des services pour les consommateurs. Et la concurrence est un facteur essentiel de l’innovation. Selon moi, c’est seulement si les entreprises sont capables de prospérer en Europe en se livrant une concurrence farouche et en développant des produits innovants qu’elles pourront aussi le faire à l’échelle mondiale.

Le secteur des télécoms semble susciter davantage de méfiance de votre part ?

Nous avons empêché la fusion dans le mobile entre Hutchison et O2 au Royaume-Uni et étions sur le point d’interdire le rapprochement entre Telenor et TeliaSonera au Danemark avant que les parties abandonnent la transaction. Dans les deux cas, nos inquiétudes étaient fondées sur des faits spécifiques et les circonstances de la transaction. Parallèlement, les conditions étant adéquates, nous avons récemment autorisé des opérations dans les télécoms en Belgique et en Espagne. Il n’y a pas de politique spécifique aux télécoms, nous analysons chaque cas selon ses propres mérites. Aujourd’hui en Europe, les conditions varient significativement d’un marché national des télécoms à l’autre et les consommateurs ne peuvent souvent choisir que les opérateurs domestiques. Cela s’explique notamment par les régulations et les attributions de fréquences qui sont des sujets nationaux. La Commission veut changer cela en créant un marché digital unique. Mais tant que les choses restent ainsi, nous devons prendre en compte les spécificités de chaque pays dans notre analyse. Il n’y a pas d’approche unique.

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