Bonus, un exemple à suivre

le 28/04/2016 L'AGEFI Hebdo

Bonus, un exemple à suivre

La saison des bonus dans les banques, dont L’Agefi rend compte pour la 10e année (lire notre Dossier), le montre : la réglementation est bien entrée dans les mœurs en France. La proportion précisément établie par rapport au salaire fixe, le recours systématique à la rémunération en titres et différée dans le temps, l’inclusion de nouvelles catégories de salariés, comme les gérants d’actifs, dans la même logique de gratification, voire le recours à des clauses de récupération (« claw-back ») en cas de faute, sont des pratiques qui témoignent d’une maturation des esprits sur le sujet. C’est sans doute pourquoi cette question des bonus, sans laisser l’opinion indifférente, n’a pas récemment soulevé de polémique majeure dans notre pays.

Cela ne signifie nullement que le dossier des hauts salaires soit clos, comme le montre le millésime 2016 des assemblées générales. Le vote sur la politique de rémunération patronale concentre toujours l’essentiel des oppositions, comme l’attestent les résultats des votes sur le « say on pay » ou l’analyse des politiques de vote des investisseurs professionnels. Au moins autant que le montant des émoluments, c’est le flou des critères de performance sur lesquels ils sont assis qui cristallise les rejets. C’est vrai en France mais plus encore dans certains pays étrangers, notamment anglo-saxons où les niveaux de revenus sont sensiblement supérieurs à ce qu’on observe chez nous. Sur le fond, c’est sur deux disproportions que se fonde l’essentiel des critiques : la première rapporte la rémunération patronale à celle de l’employé moyen, qui blesse en cas de multiple excessif l’aspiration élémentaire à la justice sociale ; et la seconde touche à la responsabilité personnelle du dirigeant, souvent sans aucun rapport avec ce qu'il perçoit. Personne n’a oublié ce que la faillite de Lehman Brothers a failli coûter au monde d’un côté, et la bénignité du destin de son très riche patron Richard Fuld de l’autre. La fureur qu’a soulevée l’annonce de bonus chez Volkswagen vient d’en donner une autre illustration aveuglante. Une entreprise, surtout une très grande, a une responsabilité sociétale éminente. Il faut d’abord l’assumer pleinement avant de prétendre à un gros chèque.

Tant qu’un remède raisonnable n’aura pas été apporté à ces disporportions, la pression du public se renforcera jusqu’à devenir irrésistible. C’est là que la réflexion sur les bonus peut être utile. En se voyant imposer des règles au niveau mondial, la finance a montré à son corps défendant qu’une solution au problème existe. Des critères peuvent être définis et une voie tracée qui permette de rémunérer le talent sans menacer des principes de base de la cohésion sociale. A l’image de ceux de HSBC, les patrons les plus gourmands feraient bien d’y réfléchir avant de devoir affronter non plus la fureur de leurs actionnaires, mais celle de l’opinion, du politique ou du régulateur. 

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