Rencontre avec... Loïc Dessaint, directeur général de Proxinvest

« Maintenir la pression »

le 02/04/2015 L'AGEFI Hebdo

« Maintenir la pression »
Loïc Dessaint, directeur général de Proxinvest
(DR)

Les conditions de certification des comptes répondent-elles à vos attentes ?

Nos clients gestionnaires d’actifs que nous conseillons dans l’exercice des droits de vote sont très consommateurs d’informations financières. Les commissaires aux comptes doivent se rappeler que si leur client est la société dont les comptes sont certifiés, l’utilisateur final est bien l’actionnaire en quête de confiance. Il nous faut maintenir la pression sur les auditeurs, sinon ils risquent l’allégeance envers leurs clients directs.

La rotation obligatoire prévue par la réforme européenne fait partie de ces points d’attention…

Nous avons beaucoup milité pour ce principe, afin qu’un même cabinet ne puisse rester en place ad vitam aeternam. La rotation contraint l’auditeur à la plus grande vigilance sur ses pratiques, lesquelles seront scrutées par le suivant. Notre souhait premier étant la présentation de comptes fidèles, la rotation combat l’éventuelle tentation de l’auditeur de céder aux volontés du client. Nous attendons un effet important de la réforme. Notre récente étude* a souligné que l’ancienneté moyenne des mandats au sein du CAC 40 ne cessait d’augmenter, à 15 années en 2013 (jusqu’à 46 ans pour KPMG chez Carrefour). Et cinq cabinets se partagent 72 % des mandats des 250 sociétés étudiées (100 % de ceux du CAC 40). Nous recommandons en France à l’actionnaire de s’opposer à un quatrième mandat consécutif de six ans. De même en cas de co-commissariat, qui est la norme en France, nous prônons le remplacement d’au moins un auditeur au bout de dix-huit ans. Nous sommes favorables à ce principe de double regard sur les comptes, même si, en pratique, les co-commissaires aux comptes peuvent se partager les tâches, ce qui constitue une sorte de déviance.

Quelles sont vos autres préoccupations ?

La vérification de l’information sociale et environnementale est presque systématiquement confiée à l’auditeur légal titulaire, c’est le cas pour 37 sociétés du CAC 40. Marque de confiance, il s’agit aussi d’un choix de nature à atténuer l’indépendance. Proxinvest recommande par ailleurs de ne plus accepter de commissaire aux comptes suppléant lié au titulaire, c’est-à-dire appartenant au même réseau. Une pratique pourtant aujourd’hui généralisée et dangereuse car source de démissions simultanées, comme l’a montré le dossier EuropaCorp l’an passé. Nous regrettons également qu’il arrive que les rapports spéciaux sur les conventions réglementées soient présentés de façon incomplète en assemblée générale.

*« Commissariat aux comptes des sociétés cotées françaises : un point de vue d’actionnaire », février 2015.

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