L'avis de… Nicolas Mottis, professeur à l'Essec et chercheur associé au département économie de l'Ecole polytechnique

« Les entreprises se montrent beaucoup plus prudentes »

le 15/05/2014 L'AGEFI Hebdo

« Les entreprises se montrent beaucoup plus prudentes »
Nicolas Mottis, professeur à l’Essec et chercheur associé au département économie de l’Ecole polytechnique
(DR)

La rémunération en actions est-elle selon vous créatrice de valeur ?

Pour les dirigeants, la réponse est clairement oui. Malgré la crise financière récente, il y a eu depuis vingt ans une explosion du spectre des rémunérations, souvent sans lien établi avec les performances de l’entreprise. Pour les actionnaires, je ne répondrais pas forcément, car les entreprises auraient probablement enregistré des résultats similaires sans avoir laissé exploser ces rémunérations. Les dirigeants ont su instrumentaliser de manière plutôt intelligente la montée en puissance des actionnaires dans la gouvernance, avec parfois des arguments plus que douteux comme l’existence d’un supposé « marché du travail mondial pour les dirigeants ». J’observe d’ailleurs que, si les rémunérations globales repartent à la hausse, les entreprises se montrent désormais beaucoup plus prudentes sur les mécanismes déployés afin de corriger les excès du passé.

Comment se traduit cette plus grande prudence ?

D’abord par plus de vigilance sur les critères d’évaluation de la performance des dirigeants. Les entreprises font également preuve d’une plus grande transparence sur le sujet. Lorsque vous regardez les résolutions des dernières assemblées générales, il y a de nets progrès sur le travail d’explication des mécanismes et les niveaux de rémunération, ainsi que sur les critères d’évaluation de la performance. Cela étant dit, pour ce qui est du contrôle de ces rémunérations, l’expression des actionnaires en France sur la question, « say on pay », se limite à un vote consultatif : le code rédigé par l’Afep-Medef en juin 2013 s’en tient pour l’essentiel à un engagement de bonne conduite de la part des entreprises.

Que faudrait-il faire selon vous pour améliorer ce contrôle ?

Il faudrait tout simplement que les actionnaires jouent leur rôle en questionnant les dirigeants sur leur gouvernance et leurs engagements sur le long terme. J’effectue en ce moment une recherche sur les questions d’engagement actionnarial, et il est assez consternant de voir que beaucoup d’actionnaires n’exercent pas leur pouvoir et se contentent de voter avec leurs pieds pour signifier leur désaccord.

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