Les usines de paiement restent des projets, même avec le Sepa

le 10/01/2013 L'AGEFI Hebdo

L’harmonisation des paiements encourage leur traitement industriel, mais les projets restent complexes et donc plutôt rares.

Même avec le Sepa, les usines de paiement restent des projets complexes - Photo : PhB

Ces derniers mois, de grands groupes ont profité du Sepa (Single Euro Payments Area) pour industrialiser le traitement de leurs opérations de paiement. Lafarge a entrepris de centraliser ses paiements et EDF ses encaissements. Rassembler ses opérations dans une « usine de paiement » n’est certes pas nouveau pour les grands groupes en quête d’économies d’échelle. A présent, la démarche est encouragée par l’harmonisation des paiements en Europe qui autorise plus facilement leur exécution automatique. D’autant que le langage XML qui est celui du Sepa est toujours plus utilisé. « La banalisation du langage XML dépasse le cadre européen, analyse Eric Flour. C’est devenu la nouvelle grammaire des paiements dans le monde. Le CGI (Common Global Implementation), à l’initiative d'entreprises américaines, travaille à unifier les mises en œuvre XML dans les banques, en évitant que l’harmonisation se fasse au détriment de la richesse des formats. » Dans ces conditions, la mise en place de structures ambitieuses de traitement se justifie de plus en plus. « Dès 2007 et 2008, des grands groupes ont mis en place des usines de paiement, le virement Sepa ayant joué un rôle de déclencheur, indique Julien Niwinski, responsable du cash management France chez BNP Paribas. Il était possible en effet de disposer d’un produit homogène. » Le mouvement s’intensifie alors que la perspective du Sepa, applicable en février 2014, se précise. « Le mouvement vers les centrales de paiement est perceptible, les entreprises réduisent le nombre de leurs banques dans les appels d’offres, note Eric Flour, responsable marketing cash management chez Société Générale. Dans cette perspective, nous nous efforçons d’adapter les paiements au Sepa dans un maximum de pays. »

La mise en place d’une usine de paiements constitue un vaste chantier dont les grands groupes attendent plusieurs sources de gains. « Le Sepa porte avec lui l’idée d’industrialiser les paiements, de façon à rendre leur gestion moins manuelle et moins risquée, explique Quentin Heslouin, responsable France de IT2 Treasury Solutions. Dans cette logique, de nombreuses entreprises mettent en place des centrales de paiement, consolidant les paiements et rationalisant leur gestion. » Souvent, en même temps qu’un appel d’offres pour leur système de trésorerie, les entreprises réalisent un appel d’offres bancaires : elles revoient à cette occasion le nombre de leurs partenaires bancaires et de leurs comptes, ce qui peut générer d’importantes économies.

Trop d’usages spécifiques

Les avancées concernent toutefois plutôt les paiements que les encaissements, opérations plus complexes. « Avec le SDD ('Sepa direct debit'), la centralisation des opérations dans toute l’Europe à partir d’un compte unique, géré, par exemple, par la centrale d'encaissement du créancier se révèle plus problématique que pour le virement, rapporte Gilbert Labbé, président de la Commission des paiements de l’AFTE (Association française des trésoriers d'entreprise) et responsable trésorerie chez EDF. Même si le Sepa prévoit un format unique pour le prélèvement, en pratique, la transition vers ce nouveau paiement pâtit de particularités nationales. » Le fait est que l’harmonisation n’est pas encore totale. « En France, la culture interbancaire très forte a conduit l’ensemble des banques à adopter des formats compatibles entre toutes les banques, observe Eric Flour. Mais le Sepa autorise les pays à proroger des usages spécifiques après février 2014. »

Ainsi, les banques belges, sous l'effet de contraintes réglementaires nationales, n’indiquent pas de motif, en cas d’impayé par leurs clients, pour provision insuffisante sur le compte. « Or cela complique les choses pour les entreprises créancières car les actions à entreprendre en cas d’impayé varient selon le motif de celui-ci », précise Gilbert Labbé. Autre exemple, l’Italie garde les spécificités de son système de prélèvement au motif qu’il est très sécurisé. « EDF devra ainsi traiter nombre de cas particuliers dans sa centrale d’encaissement pour l'étendre hors des frontières, faisant du prélèvement Sepa un sujet très lourd », prévoit Gilbert Labbé.

Il n’est pas étonnant, dans ces conditions, que les démarches des entreprises sur les usines de paiement en déçoivent certains. « Le projet Sepa reste encore vécu comme une contrainte, remarque Nathalie Bouvret, responsable cash management chez bfinance. La mise en place d’usines de paiement ou d’encaissement par les directions financières n’a pas été accélérée. De même, les entreprises n’ont pas encore négocié les prix des paiements à l’échelle européenne. » 

A lire aussi