Travailleur et investisseur, des intérêts opposés ou harmonieux ?

le 23/01/2014 L'AGEFI Hebdo

Pour faire repartir l'investissement, explorons la piste de l'actionnariat salarié, à la fois facteur d'efficacité économique et de cohésion sociale.

Par Xavier Fontanet, professeur affilié à HEC

Pour qui a le moindre bon sens, l'investisseur a besoin du travail de ses employés et ces derniers ont besoin du capital de leur employeur. Le fond de l'affaire est de caler équitablement les intérêts de chacun. De Gaulle fut à l'origine des ordonnances de 1967 sur la participation, un pas capital. Celle-ci a cependant une limite. Forcée à 100 %, elle serait une spoliation de l'actionnaire et ferait fuir le capital. Son prolongement naturel est l'actionnariat salarié qui consiste à aider le personnel à acquérir des actions de sa société pour participer aux résultats à travers elles.

La participation et l'actionnariat salariés concernent 4,5 millions de salariés et représentent un capital de 98 milliards, dont 40 % d'actionnariat salarié. La FAS (Fédération française des associations d'actionnaires salariés et anciens salariés) a remis le 22 novembre les prix de l'actionnariat salarié, l'occasion de faire le point sur l'évolution récente.

L'explosion du forfait social (de 8 % à 20 %) a permis à l'Etat d'engranger un milliard de recettes supplémentaires mais a fait reculer la participation. Autre coup porté à l'actionnariat salarié, la confirmation des taux de l'ISF (impôt sur la fortune) et des impôts sur les dividendes : le dividende net d'impôt ne couvre plus l'ISF dans le cas d'entreprises performantes. Résultat, les cotisations reculent de 12 à 9 milliards. Sans parler des retraités qui, après avoir épargné toute une vie sur la base de la fiscalité de l'époque, se trouvent à l'âge de la retraite en flux annuel structurellement négatif ! Un comble quand on fait le tour des points positifs.

- L'actionnariat salarié transforme les rapports entre le collaborateur et son entreprise et permet à ce premier de participer à la gouvernance.

- Les entreprises pratiquant l'actionnariat salarié résistent mieux que les autres aux OPA , c'est un ancrage territorial.

- Il complète les retraites à l´heure où les systèmes fondés sur la répartition sont ,avec l'allongement de la durée de vie, structurellement déséquilibrés.

- Qui sait si la valeur ira vers le capital ou le travail ? Dans certains cas, on constate sa captation par un petit nombre : l'actionnariat salarié met les employés des deux côtés !

- Les entreprises pratiquant l'actionnariat salarié sont plus rentables et les employés sont plus fiers d'y travailler.

L'actionnariat salarié aurait pu être soutenu par nos politiques. Ils craignent hélas que les employés ne perdent à la fois leur travail et leur épargne ; il est vrai que l'on ne pourra jamais éliminer ce risque. L'approche responsable est de ne jamais forcer un salarié ; ce doit être une décision personnelle. En revanche, il faut reconnaître que, si l'entreprise s'est bien développée, le dividende et la plus-value sont légitimes et mérités car passés par la case « risque ».

Deux initiatives depuis deux ans : le déblocage anticipé et la représentation du personnel au conseil. Ces deux décisions ne vont pas dans l'esprit de l'actionnariat salarié pour qui on doit garder son capital investi sans le sortir à la première occasion. Quant à la participation au conseil, pourquoi pas ? Mais il est plus sain de la promouvoir à partir d'une détention effective du capital que de la forcer par la loi.

Disons-le, l'actionnariat salarié a été matraqué, comme les autres. Pour réparer les dégâts, il faut :

- Revenir sur la hausse du forfait social.

- Récompenser la fidélité ; l'une des rares bonnes nouvelles de la dernière loi de finances fut la réduction des taux de plus-values pour les actions détenues plus de huit ans. Que l'on ne s'arrête pas en si bon chemin !

Nos gouvernants vont se rendre compte que sans donner au capital et à la prise de risque la place qu'ils méritent, l'investissement ne repartira pas. Pourquoi ne pas remonter la pente en empruntant la piste de l'actionnariat salarié, à la fois facteur d'efficacité économique, de progrès et de cohésion sociale ? 

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