L'invitée de L'Agefi

Où sont les femmes « Sammy Davis Jr » ?

le 24/03/2011 L'AGEFI Hebdo

La loi Copé-Zimmermann sur les quotas dans les conseils d'administration définitivement adoptée, qui seront les administratrices de demain ?

Par Diane Segalen, vice-chairman et associée fondatrice du bureau de Paris CTPartners*

Fin 2009, les conseils d'administration du CAC 40 n'accueillaient que 10,5 % de femmes, à peine plus de 15 % en 2010. Au 1er janvier 2017, l’ensemble des sociétés de plus de 500 salariés ou plus de 50 millions d'euros de chiffre d’affaires devront accueillir 40 % de femmes minimum dans leurs conseils d’administration, avec un palier de 20 % d'ici à janvier 2014 (soit environ 181 femmes à recruter). Les conseils d'administration « uniquement masculins » devront nommer au moins une femme dans les six mois suivant la promulgation de la loi. En cas de non-respect de cette dernière, les nominations et les délibérations du conseil pourront être annulées et les jetons de présence suspendus.

Le paradoxe français repose sur le décalage entre volonté de parité et réalité. L'écart est tel qu'il a fallu instaurer des quotas afin de provoquer un changement fondamental, voire une révolution, dans les comportements. N’étant pas favorable à l’idée de « quotas » contraignants, force est de reconnaître qu’ils permettront enfin de faire avancer les choses et de rattraper notre retard sur nos voisins européens comme la Norvège, en matière de féminisation et de diversité dans les entreprises. Mais ce n’est qu’un début : s’il s’agit ici de la composition des conseils d’administration, cette loi devrait, à terme, fortement influencer les politiques de diversité et de parité notamment dans les politiques de rémunérations à tous les niveaux dans l’entreprise.

Si ces quotas permettent de faire bouger les lignes, le choix des futures administratrices reste problématique. Entre ceux qui se demandent s’il existe suffisamment de femmes compétentes et si les quotas ne vont pas faire baisser la qualité des conseils ou ceux qui pensent que les postes d’administratrices sont des décorations prestigieuses pour femmes de politiques..., il reste encore du travail !

Pour les entreprises françaises, l’administratrice parfaite est une femme (pas trop âgée, pour faire baisser la moyenne d’âge), étrangère (les conseils sont trop français en plus d’être trop masculins), si possible directrice financière (pour intégrer le comité d’audit), qui soit à la fois disponible, compétente et prévisible dans ses recommandations…, autant dire le mouton à cinq pattes. Pas sûr que l’on réussisse à en trouver 40 % à ce rythme-là.

Arrêtons de faire toujours appel aux mêmes personnes, il existe un large vivier de femmes diplômées de l’enseignement supérieur, exerçant des responsabilités dans les grandes sociétés françaises et internationales ou dans des PME. Les entrepreneuses ont aussi leur mot à dire. Elles ne demandent qu’à se faire connaître. Mesdames, arrêtez de vous censurer, que ce soit dans la conquête des responsabilités, dans le besoin de reconnaissance et de visibilité, et accessoirement dans vos demandes d’augmentation. Montrez-vous !

Restons cependant réalistes, une femme ne peut pas aspirer à entrer dans un conseil d’administration si elle ne peut contribuer par sa connaissance du secteur, son expérience fonctionnelle, managériale ou encore géographique. Je conseille aux femmes (ou plus généralement aux personnes souhaitant rejoindre un conseil d’administration) de s’interroger sur leur contribution réelle en identifiant le type d’entreprise ou de problématiques (retournement, expansion, fusion, changement de stratégie…) où leur savoir-faire pourra contribuer à créer de la valeur pour les actionnaires, les employés et les clients. Etre un administrateur comporte plus de responsabilités et de devoirs que de prestige, nécessitant de prendre de la hauteur pour une vision pertinente.

Si Sammy Davis Jr avait été une femme, elle aurait été de tous les « boards ». Sammy Davis Jr était juif, noir, petit et borgne, son talent était son arme et sa force. C’est un fait, la diversité apporte aux entreprises une meilleure gouvernance. Les femmes apportent cette dimension, par le simple fait de savoir s’interroger et d’oser questionner. Françoise Giroux disait que l'égalité serait avérée quand une femme incompétente serait promue à un poste qu'elle ne mérite pas. J'aurais tendance à dire que les futures administratrices des sociétés en France vont contribuer au mieux de leurs compétences, et faire une différence par le seul fait de leur présence.

*Cabinet de conseil en recherche de dirigeants et d’administrateurs

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