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La sécurité guide les projets

le 16/06/2011 L'AGEFI Hebdo

Visant à mieux gérer paiements et encaissements, les chantiers Etebac et Sepa ont pris du retard.

L’année 2011 est compliquée pour les trésoriers. La surveillance du cash reste une priorité pour les entreprises mais il leur faut en même temps faire face à des chantiers réglementaires inédits. Ainsi, le réseau de communication entre les entreprises et les banques Etebac n’aura plus cours d’ici à fin septembre et les trésoriers qui n’auront pas, d’ici là, adopté un nouveau système risquent de ne plus pouvoir assurer des fonctions essentielles comme le paiement de fournisseurs ou l’encaissement de paiements ! Pourtant, les projets de « bascule » ne paraissent pas massifs : fin mars dernier, seulement 35 % des quelque 90.000 entreprises concernées avaient « migré ».

Le problème a été anticipé dans les plus grandes entreprises, voire les quelque 5.000 qui utilisent Etebac 5. Ainsi, le groupe Safran utilise SwiftNet en remplacement d’Etebac 5 depuis 2007 et s’en félicite. « Le fait d’avoir substitué une station Swift unique à pas moins de 25 stations Transpac a représenté une économie pour le groupe », indique un porte-parole. Souvent aussi, ce segment d’entreprises a fait le choix de la simplicité. « Bien des entreprises de taille relativement grande ont opté pour Ebics alors qu’on aurait pu s’attendre à ce qu’elles soient plus nombreuses à adopter Swift, explique Quentin Heslouin, country manager France chez IT2. Mais la proposition relativement simple d’Ebics a souvent séduit, de même qu’elle est plus rapide à installer et souvent moins coûteuse. Il s’agit toutefois d’un système qui reste à vocation européenne : après un franc succès en Allemagne où il est né, le système se développe par exemple au Royaume-Uni. »

Une accélération récente

Dans les PME au contraire, le faible nombre de chantiers laisse présager un certain encombrement dans les dernières semaines précédant la fin d’Etebac. « Les grandes banques ont mené une vraie démarche de sensibilisation auprès de leurs clients, constate Christian Marquis, associé d’Aedian, société de conseil spécialiste du tertiaire financier. Pourtant, les projets de bascule d’Etebac ne sont pas toujours très avancés malgré les délais qui se raccourcissent. »

Cause possible du retard, le système Ebics dans sa forme la plus élaborée de type TS (Transport et Signature), où une signature personnelle confirme le message, n’est disponible que depuis peu. « La simplicité du projet Ebics est réelle, par rapport à SwiftNet, mais la solution de signature, avec Ebics TS, n’était pas disponible jusque récemment, si bien que les échanges n’étaient pas totalement sécurisés par la signature jointe », rapporte Christian Marquis. Mais les PME ont aussi le choix d’opter pour Swift qui a configuré une offre à leur portée. « Nous travaillons étroitement avec Orange Business Services qui propose une solution de connectivité à Swift destinée notamment aux PME, assure Laurent Gigout, responsable des ventes chez Box and Automation Solutions (B.A.S.), éditeur de logiciel gérant la connectivité entre les entreprises et Swift. Son coût (490 euros par mois, NDLR) est inférieur à celui d’une connexion à Ebics. Cette offre se veut simple, sa mise en place n’ayant aucun impact sur le système de l’entreprise. Une quinzaine de PME ont opté pour cette offre depuis son lancement, en début d’année. »

Les entreprises bénéficient aussi d’une mise en place administrative plus rapide des contrats. « Après une période de rodage, les contrats prévoyant les nouveaux modes d’échange, SwiftNet ou Ebics, signés entre les banques et les entreprises sont au point et leur signature ne retarde pas les nouveaux projets de remplacement d’Etebac », fait savoir Alain Mottet, responsable offre cash management chez Natixis. De fait, il semble tout de même que les entreprises moyennes accélèrent à présent les projets. « Nous comptons parmi nos clients plus d’une centaine de 'corporates' qui ont adopté le protocole SwiftNet, et le mouvement concernant Ebics s’accélère, note Didier Bruno, responsable du cash management chez Natixis. Le système Ebics TS - assorti d’un système de signature sécurisée - est disponible chez nous depuis mi-mars et cette avancée a été favorable. » Toutefois, les dispositifs d’exception mis en place par les banques ne suffiront pas à éviter un encombrement des demandes en fin de période. « Nous finissons de passer en revue les portefeuilles des commerciaux pour repérer les derniers clients qui ne se sont pas décidés. Cela dit, une très forte augmentation de la demande cet été semble inévitable », prévoit Didier Bruno.

De quoi accuser encore le retard apporté par ailleurs à l’adoption des moyens de paiement de type Sepa (Espace unique de paiement en euros). Les virements SCT (Sepa Credit Transfer) ne représentent encore que 15 % des opérations, de grands donneurs d’ordres ne les ayant pas encore adoptés. Pourtant, le règlement du Parlement européen fixant le calendrier est attendu d’ici à fin 2011, prévoyant des dates butoirs pour généraliser les virements et prélèvements européens, sans période transitoire supplémentaire.

Le Comité national Sepa a encore appelé, le 10 juin, les entreprises à intensifier leurs efforts. Là encore, les grandes sociétés servent de référence. « Nous commençons à travailler sur le Sepa et les nouveaux formats XML avec les grandes entreprises, les grands travaux devant intervenir plutôt en 2012, anticipe Alain Mottet. Les clients attendent notamment des précisions sur les commissions d’interchange à propos du prélèvement (SDD, Sepa Direct Debit). »

Outre les chantiers réglementaires, le grand sujet de préoccupation des trésoriers semble être de renforcer la sécurité des opérations. « Les entreprises étudient leurs organisations et processus de trésorerie à l’aune de la sécurité et des nouveaux risques, par exemple le risque de fraude sur le SDD », indique Didier Bruno. Les nouvelles voies de communication peuvent précisément servir ce type de préoccupations. « Nous recevons beaucoup de demandes d’entreprises qui profitent de la nécessaire migration Etebac pour mettre en place des chantiers plus ambitieux, à la fois en trésorerie et pour les paiements, remarque Quentin Heslouin. Dans l’ensemble, les entreprises sont à la recherche d’une sécurité accrue, conséquence de la crise et de l’apparition de nouveaux risques au-delà des domaines traditionnels du change, des taux et des matières premières. La sécurité des processus devient une priorité. »

Innovations

Tant Ebics TS, avec la signature conjointe, que Swift, avec le système 3SKey (lire l'entretien), proposent des solutions sécurisées. Des offres spécifiques visent par ailleurs à compléter ces innovations. Ainsi, l’outil Visual Sign mis au point par l’éditeur Equity renforce la sécurité dans les délégations de signatures, une préoccupation récurrente des entreprises. « Il s’agit d’un répertoire central des habilitations, que nous avons implanté chez Veolia, Ingenico, Carrefour, ING…, expose Yves Garagnon, directeur général d’Equity. Le logiciel prévoit l’émission automatique de courriers aux banques pour décrire le contenu des habilitations et nous entreprenons à présent de franchir une étape supplémentaire et de procéder via un fichier dématérialisé. » La société utilise pour cela le format Ebam de Swift publié l’an dernier. « Notre solution permet de transmettre aux banques des informations sur tout le cycle de vie d’un compte bancaire, depuis l’ouverture jusqu’à la fermeture avec les pouvoirs des signataires », poursuit le dirigeant.

Les banques ne sont toutefois pas complètement prêtes à accepter les informations sur les comptes bancaires sous forme dématérialisée. La volonté des entreprises d’automatiser et de sécuriser ces processus devrait cependant faire progresser ce chantier dans les prochains mois.

L’autre innovation importante a également trait à Swift et concerne la sécurité des paiements. L’éditeur de progiciels de gestion trésorerie orientés Swift B.A.S vient de mettre au point, à la demande de ses clients, un outil sécurisant le transport des fichiers de paiement. « C2Pay permet à une entreprise de sécuriser le processus de paiement en interne, et si elle utilise la signature 3SKey de Swift, d’éviter aussi les risques sur les processus en externe, explique Laurent Gigout. Notre outil constitue une sorte de parapheur électronique, qui effectue la validation interne, sans erreur ni fraude possible, des fichiers de paiements transmis ensuite à la banque. » Les trésoriers se voient ainsi de mieux en mieux dégagés des tâches annexes et focalisés sur leur vrai métier.

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