L'avis de... Alain Mikol, professeur d’audit à l’ESCP Europe

« La rotation des firmes ou le co-commissariat aux comptes ne résoudront rien »

le 12/01/2012 L'AGEFI Hebdo

Une réforme de l’audit est-elle nécessaire ?

Oui, car la crise financière de 2007-2009 a montré la faillite de l’audit. Les firmes ont certifié sans réserve les comptes des banques dont les bilans abritaient des engagements non comptabilisés porteurs de risques énormes. La démarche du Livre vert sur l’audit de la Commission européenne est donc logique, mais il y a un décalage entre les causes de la faillite du système et les propositions qui sont faites. Il n’est pas prouvé que la concentration des grands cabinets nuise à la qualité de l’audit.

L’oligopole des « Big Four » peut-il dès lors perdurer ?

La faillite de l’un d’entre eux, comme Andersen en 2002, serait problématique car ils phagocytent la certification des comptes des grandes sociétés. Mais comment peut-on obliger les Big Four* et les autres grands cabinets (Mazars, BDO…) à lâcher certains mandats, alors que leurs clients mondiaux ne peuvent se passer de leurs compétences, de leur présence internationale et de leur image de marque ? Déconcentrer n’améliorerait pas la qualité de l’audit car les cabinets proposent tous les mêmes prestations et les mêmes prix. Le dysfonctionnement de l’audit ne découle pas d’un défaut de compétences mais de négligences : la rapidité d’exécution des check-lists et le respect des formes sont préférés à la réflexion.

Dès lors, comment améliorer l’audit ?

La rotation des firmes ou le co-commissariat aux comptes ne résoudront rien. En revanche, scinder les cabinets pour qu’ils ne fassent plus que de l’audit favoriserait leur indépendance. Tous y sont opposés sous prétexte que cela nuirait à la qualité de leur travail. En réalité, cela affaiblirait surtout leurs marges bénéficiaires car le conseil est souvent plus rentable et en outre moins risqué au niveau de la responsabilité civile et pénale.

*Deloitte, Ernst & Young, KPMG et PwC

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