L'avis de... Christophe Thevenot, administrateur judiciaire à Paris et président de l’association syndicale professionnelle d’admininistrateurs judiciaires

« Les restructurations de dettes obligataires et structurées sont très compliquées »

le 10/05/2012 L'AGEFI Hebdo

Comment se déroulent actuellement les restructurations de dette d’entreprises en difficulté ?

Les négociations sont plus difficiles, car les banques sont en retrait. Nous assistons à une augmentation des procédures collectives pour les grosses PME depuis le début de l’année. Il s’agit souvent d’entreprises qui ont déjà souffert en 2008, et dont les marchés ralentissent à nouveau depuis quelques mois. Leurs négociations avec les banques n’aboutissent pas, ces dernières refusant certains aménagements et prolongation à court terme qu’elles acceptaient auparavant, car elles sont désormais soumises aux contraintes de Bâle III. Les banques ont aussi appris à devenir plus exigeantes, au fil des restructurations.

Comment cela se manifeste-t-il ?

Les banques interviennent davantage dans les négociations, y compris dans les choix stratégiques. Avant d’abandonner de la dette, elles s’assurent que toutes les réorganisations ont déjà été faites, de la baisse des coûts à la cession d’actifs, privilégiant parfois l’entrée de cash et le court terme pour éviter de se lancer dans des restructurations plus longues mais peut-être plus confortables pour l’entreprise. D’où des tensions fortes avec le management. Dans cet environnement, les négociations sont plus longues, les entreprises mènent plus d’audit, et les montages sont plus compliqués.

Quels sont les dossiers les plus complexes ?

Les négociations portant sur des restructurations de dettes obligataires et de dettes structurées sont particulièrement compliquées. Les titres sont en effet souvent détenus par des centaines d’investisseurs, aux avis divergents, et il n’y a pas vraiment d’interlocuteur avec qui négocier. D’où la difficulté de trouver un accord, notamment en cas d’effacement de dette. Dans le secteur de l’immobilier par exemple, des dettes titrisées (CDO*, CMBS*, MBS*) adossées à des emprunts noués pour financer des acquisitions d’immobilier de bureaux dans les années 2007-2008 arrivent à échéance et doivent être renégociées au vu de la crise. Mais ces titres ont été vendus à une multitude d’investisseurs et de fonds étrangers, très éloignés de l’activité de l’entreprise, et vous n’avez donc pas d’interlocuteur, à part le « servicer », chargé du paiement des créances. Mais ce dernier n’a ni pouvoir de décision ni pouvoir de persuasion à l’égard des obligataires. Il faudrait, que dans ce genre de montages, les obligataires mandatent un interlocuteur avec pouvoir de décision.

*CDO : ‘Collateralized debt obligation’, CMBS : ‘commercial mortgage-backed securities’, MBS : ‘mortgage-backed securities’

A lire aussi