L'avis de... Benjamin Madjar, directeur associé working capital services chez Ernst & Young

« La prévision de trésorerie est devenue un élément transverse »

le 23/02/2012 L'AGEFI Hebdo

Comment expliquer l’importance prise par la prévision de trésorerie pour les entreprises ?

Il y a encore quatre ou cinq ans, pour évaluer la solidité d’une entreprise, les tiers bancaires regardaient essentiellement les éléments liés au résultat (comme l’Ebitda) et accessoirement ceux liés au cash. Cette tendance s’est inversée. Les entreprises ont dû faire face et s’adapter à un changement des conditions de financement. Une société, même si elle a un Ebitda positif, peut se retrouver à certains moments en situation de besoin temporaire de cash. Jusqu’à 2008, elle pouvait aisément régler ce problème avec son banquier, par une ligne de crédit complémentaire, voire de l’escompte (loi Dailly). La crise économique qui a éclaté en 2007-2008 a initié un changement dans les conditions d’accès au crédit et a poussé les banquiers à exiger des preuves complémentaires quant à la capacité des entreprises à honorer leurs engagements.

Comment cela se traduit-il dans l’entreprise ?

La prévision de trésorerie est devenue un élément transverse, au même titre que le budget d’exploitation. Le trésorier, qui était auparavant cantonné à ses feuilles de calcul, s’est retrouvé du jour au lendemain à cheval entre la direction financière et les opérations. Afin de cadrer au mieux ses prévisions de trésorerie, il doit notamment échanger avec les commerciaux, les acheteurs, le

credit manager, tout en maîtrisant les politiques de couverture (changes, matières premières) et suivre les financements court terme. Il doit également travailler main dans la main avec le contrôle de gestion pour lier sa prévision avec le budget d’exploitation, sous-jacent clé de l’exercice. Une prévision de trésorerie faite en chambre ne vaut pas grand-chose. Le trésorier doit s’assurer que ses prévisions intègrent la totalité des flux et opérations de l’entreprise.

La mise en place d’un ERP (logiciel de gestion intégré) est-elle la condition sine qua non pour avoir une bonne prévision de trésorerie ?

Pas forcément. La meilleure solution est celle qui prend en compte les impératifs de l’entreprise. Si une société a une problématique forte de liquidité et a besoin d’avoir une visibilité à court terme, elle ne peut se permettre d’attendre plusieurs mois pour la mise en place d’un ERP. Une solution basée sur Excel est celle qui pourra répondre le mieux à cette urgence. En revanche, une entreprise qui a déjà un système de prévision de trésorerie - même basique - satisfaisant peut se permettre de prendre le temps de mettre en place une solution plus complète et plus complexe.

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