L'avis de... Philippe Matherat-Audan, président de l’agence de communication financière Keima

« Peu de sociétés font une recherche approfondie »

le 16/12/2010 L'AGEFI Hebdo

Les dirigeants d’entreprise vous semblent-ils suffisamment sensibilisés à la question de la composition de leur actionnariat ?

Aujourd’hui, encore trop peu de sociétés font régulièrement une recherche réellement approfondie d’identification de leurs actionnaires. Notamment, elles recherchent rarement les investisseurs non résidents derrière les custodians (les dépositaires internationaux, NDLR) qui représentent souvent plus de 50 % du flottant. Et lorsqu’elles le font, elles ne procèdent pas toujours à une analyse de la nature de ces investisseurs ni de leur évolution. Pourtant, la montée en puissance régulière des investisseurs étrangers dans leur capital rend cette recherche de plus en plus cruciale. Nous espérons que les prises de participation inattendues dans le capital de certaines entreprises françaises vont faire évoluer cette pratique. Il n’y a pas assez de pilotage de l’actionnariat. Par exemple, quand le titre d’une société monte fortement, elle devrait, avant de s’en féliciter, en rechercher l’origine. A l’inverse, la trop forte présence d’un investisseur institutionnel important dont la position est marginale pour lui peut fragiliser le titre s’il décide de sortir inopinément pour des raisons extérieures à l’entreprise. L’organisation quasi exclusive des roadshows par les banques d’investissement a amélioré le marketing des titres mais elle conduit parfois les sociétés à privilégier une vision court terme de leur actionnariat.

Quelle proportion de l’actionnariat réussit-on à identifier ?

Sous l’impulsion des spécialistes du proxy, depuis une dizaine d’années, les custodians sont plus ouverts à répondre aux demandes d’identification faites en complément des TPI (titres au porteur identifiable, NDLR). Grâce à une démarche combinée, nous identifions 75 % à 90 % des actionnaires finaux. Le coût dépend de la finesse de l’analyse du fait du nombre de custodians à interroger (jusqu’à 70). Il faut compter un budget compris entre 6.000 et 20.000 euros pour les plus grosses sociétés, ce coût pouvant varier en fonction de l’objectif recherché : identifier les gros actionnaires, suivre des mouvements anormaux ou connaître les actionnaires individuels.

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