Le PEA-PME soulève des espoirs sans précédent

le 26/09/2013 L'AGEFI Hebdo

Même si les flux sont encore difficiles à estimer, le nouveau compte devrait représenter un tournant dans le financement des entreprises, ETI en tête.

Le PEA-PME soulève des espoirs sans précédent

Avec un apport potentiel de plusieurs milliards d’euros aux entreprises petites et moyennes, le projet de PEA-PME rencontre une forte approbation. Et si l’on ajoute à ce nouveau compte l’augmentation que représentera la hausse du plafond du PEA classique, pour le bénéfice des entreprises de toutes catégories, le sentiment global de satisfaction parmi les acteurs est compréhensible.

L’ampleur des mesures répond, il est vrai, à la difficulté de la situation. « Outre la faiblesse des marges – de 28 % en moyenne en France contre 41 % en Italie et en Allemagne –, nos PME souffrent d’un accès difficile au financement, ce qui est leur principal frein en termes de croissance », observe Grégoire Sentilhes, président de NextStage et des Journées de l’Entrepreneur, l’un des quatre experts ayant conseillé le gouvernement dans la préparation du projet.

L’enthousiasme soulevé par le dispositif - qui sera voté avec le projet de loi de Finances 2014 - s’explique notamment par sa souplesse : il concernera un large éventail d’entreprises, la définition retenue de la PME étant calée sur celle de l’Insee (moins de 5.000 salariés, de 1,5 milliard d’euros de chiffre d’affaires ou de 2 milliards d’euros de total de bilan). En outre, les entreprises éligibles pourront être cotées ou pas et l’investissement pourra prendre la forme non seulement d’actions, mais aussi d’obligations, ce qui répond à la sensibilité de l’ouverture du capital dans les petites entreprises familiales. Mais le dispositif veut surtout rameuter large en termes de montants collectés : il s’agirait de sommes considérables, si l’on estime que les titulaires des 60.000 PEA ayant atteint leur plafond seraient en priorité intéressés par ce nouveau volant d’épargne défiscalisée. « L’estimation haute, qui est celle du gouvernement, table sur des flux de 2 à 3 milliards par an pendant cinq ans, donc un total de 10 à 15 milliards, précise Grégoire Sentilhes. Je considère plutôt un montant de 4 à 5 milliards comme l’hypothèse médiane. » Soit une augmentation de 4 % à 5 % des encours totaux des fonds logés dans les PEA, de 80 milliards.

Il s’agirait bien d’une nouvelle donne pour les entreprises de taille réduite dont on déplore régulièrement un accès difficile au crédit bancaire, et peu de possibilités alternatives de financement. Ainsi, le private equity ne propose qu’un relais limité : même dans une hypothèse basse d’environ 2,5 milliards, l’apport des PEA-PME serait bien plus conséquent que celui lié au dispositif des FCPI (fonds communs de placement dans l'innovation) et des FIP (fonds d’investissement de proximité), qui représente 650 à 700 millions par an. La Bourse n’offre pas non plus de solution à la mesure des besoins. « Les PME n’ont levé en Bourse que 158 millions en 2011 et 260 millions en 2012. Des montants indigents sachant qu’il existe en France 36.000 entreprises moyennes (avec un chiffre d’affaires entre 10 et 500 millions d’euros) », récapitule Grégoire Sentilhes.

Justement, le PEA-PME arriverait à point nommé pour épauler les efforts engagés par la Place et Nyse-Euronext afin de dynamiser la cotation des petites valeurs. La perspective d’une meilleure liquidité, avec l’arrivée de flux nouveaux et massifs, pourrait encourager la cotation de davantage de PME : seulement 12 entreprises ont franchi le pas au premier semestre de cette année, 18 l’an dernier. « Le PEA-PME est un signal encourageant pour les entreprises qui souhaitent s’introduire sur le marché boursier, une dizaine sont en train de plancher sur ce sujet, note Eric Forest, président-directeur général d’EnterNext. Cet outil d’investissement a l’avantage d’un produit à durée longue, avec une exigence de liquidité réduite, ce qui représente un confort pour les émetteurs. »

Dynamiser Enternext

Preuve du potentiel prêté aux PEA-PME, nombre de gérants engagent déjà des préparatifs pour proposer de tels comptes à leurs clients. La configuration favorable aux actions cotées les y incite : les performances des midcaps ont été satisfaisantes ces dernières années, et les cours des actions en France ne sont pas très élevés. « Le dispositif va dans le sens de notre stratégie, consistant à investir à long terme dans des valeurs dont le développement - et non les aléas de la Bourse - va nous permettre de réaliser des performances », indique Louis de Montalembert, gérant cofondateur de Pléiade AM, spécialisée dans les valeurs de 100 à 500 millions de capitalisation en Europe. La société table sur l’éligibilité d’un de ses fonds spécialisé dans les petites valeurs européennes. Mais les acteurs investissant en non-coté se mettent également sur les rangs, comme NextStage ou A Plus Finance. « L’argent des PEA-PME destiné aux sociétés non cotées devrait plutôt s’investir via des fonds, car gérer les lignes une à une risque d’être compliqué pour les établissements teneurs de compte, estime Fabrice Imbault, directeur général adjoint d’A Plus Finance, spécialiste du financement des PME. Il y a là une opportunité pour les gérants, car la plupart des banques ne disposent plus d’équipes de gestion PME et ETI. »

Le mouvement pourrait même susciter la création de fonds obligataires, car le nouveau compte devra être investi à hauteur de 30 % minimum dans ces sous-jacents de dette. La mesure devrait, à cet égard, accélérer une évolution déjà engagée. « Cette disposition va structurer le marché, remarque Jean-Emmanuel Vernay, directeur général chez Invest Securities. Certes, les risques sont loin d’être nuls et la prudence est de rigueur. Depuis dix ans, le marché s’est considérablement professionnalisé avec le développement d’équipes de gestion indépendantes, que ce soit en 'private equity' ou en gestion boursière 'small cap', ce qui devrait être un garde-fou pour éviter toute nouvelle bulle sur ce segment. »

En pratique, la pleine réalisation des promesses du PEA-PME tiendra à l’efficacité de sa mise en œuvre et à cet égard, sa large distribution par les banques représentera un élément décisif. « La possibilité laissée aux investisseurs d’ouvrir un compte dans n’importe quelle banque va faire du PEA-PME un vrai sujet de place, grâce à l’émulation entre les réseaux de distribution », déclare Marc-Antoine Guillen, président-directeur général d’Invest Securities, société de Bourse.

Les ETI privilégiées

En outre, le ciblage des entreprises concernées a fait l’objet de débats nourris. Ainsi, les fonds pourront s’investir dans les PME européennes, ce qui permettra une diversification des risques même si l’on table sur des financements largement nationaux. Si certains déplorent une probable concentration des investissements sur les ETI, d’autres redoutent des effets de seuils. « La fiscalité ne doit pas perturber l’allocation de capital et les mesures devraient toucher toutes les entreprises, sans effet de seuil, recommande pour sa part François de Saint Pierre, associé gérant chez Lazard Frères Gestion. Le principe d’une fiscalité allégée pour les détentions d’actions à long terme est une bonne chose mais fixer un seuil selon la taille peut être artificiel. Il faut être vigilant aux effets secondaires mal anticipés : risque de bulle et risque de déplacement de l'épargne vers des PME d'autres pays de l'Union européenne. On serait alors très loin de l'objectif. »

Le PEA-PME est attendu pour sa capacité à dynamiser le marché des valeurs midcaps- 430 seraient éligibles à ce jour -, où les investissements devraient se diriger largement. Qu’il englobe des investissements en non-coté a suscité des déceptions, en focalisant moins la réforme sur le renforcement du marché. Alors que le nombre de comptes-titres ne cesse de baisser (lire l'entretien), l’urgence n’était-elle pas de réconcilier les particuliers avec la Bourse ? De même, réserver l’avantage fiscal aux investissements obligataires intermédiés plutôt qu’à ceux effectués en direct peut sembler regrettable, alors qu’il est question d’encourager les émissions d’obligations auprès des particuliers, via une cotation de type IBO (initial bond offering). Mais pour permettre au PEA-PME de faire repartir le marché des petites valeurs, l’écosystème global de ce segment doit être, en même temps, reconstitué à la hauteur des besoins nouveaux. Les intermédiaires, notamment, doivent revenir vers les actions des entreprises moyennes : « Il conviendra d’examiner le modèle de marché au regard des spécificités de ces valeurs en se posant notamment la question du système de cotation - en continu ou au 'fixing' - et en favorisant un meilleur suivi par les analystes, anticipe Eric Forest. Il faudra donc voir comment encourager les intermédiaires financiers qui s’engagent à être actifs sur les valeurs moyennes. » Un enjeu de place mis en lumière par le PEA-PME.

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