Dossier Financement des entreprises

Des offres pléthoriques pour les grands groupes

le 14/04/2011 L'AGEFI Hebdo

Tant sur les marchés obligataires qu’auprès des banques, les entreprises d’une certaine taille ont l’embarras du choix.

Face au financement, la situation des PME n'a rien à voir avec celle des grands groupes. A commencer sur le marché obligataire, largement ouvert à ces derniers. « Le crédit 'corporate' est très recherché par les investisseurs qui peuvent le considérer comme un risque de meilleure qualité que certaines institutions financières, indique Sidney Studnia, responsable de l’ingénierie financière dans le pôle marchés de capitaux de Société Générale. Et comme les émissions des entreprises ont été nombreuses en 2009 et 2010, les nouvelles opérations, cette année, bénéficient d’un effet de rareté. »

Nouveau contexte

Les groupes français (France Telecom, ADP, Veolia, Danone, Auchan...) avaient profité d’un marché très favorable pour se refinancer par avance. « Ces exemples ont été suivis dernièrement par d’autres européens, comme l’énergéticien tchèque Cez en décembre, le groupe de BTP espagnol OHL (Obrascon Huarte Lain, NDLR) ou le suisse Adecco », rappelle Sidney Studnia. Libre aux émetteurs de se tourner vers les Etats-Unis s’ils veulent élargir leur base d’investisseurs, comme Sanofi (7 milliards de dollars) ou Pernod-Ricard viennent de le faire. La seule ombre concernerait les perspectives des marchés court terme, car les développements réglementaires vont rendre plus difficile l’achat des billets de trésorerie par les OPCVM monétaires en leur imposant des critères de notation court terme. « Ce qui va amener de nouvelles demandes de crédit bancaire, prévient Jean-Michel Thibaud, trésorier de France Telecom. Les restrictions sur ces instruments court terme vont faire perdre de sa force au marché français. »

Mais le front du crédit bancaire semble également bien dégagé pour les grands groupes, nonobstant la perspective de Bâle III. « La plupart des opérations montées en ce moment en crédit syndiqué en Europe, et en France en particulier, se passent bien, assure Alexandre Girod, responsable de syndication chez Société Générale. Le marché est très liquide et les niveaux de marge sont au plus bas depuis mi-2009, les effets de Bâle III n’étant pas intégrés dans les prix. » On note tout de même que dans la perspective des ratios de liquidité, les lignes de back-up (de « liquidité »), en principe non tirées, ne sont plus négociées en tant que telles car elles risquent d’être pondérées à 100 %. Présentées comme des lignes de crédit, leur prise en compte n’est plus que de 10 %.

Les emprunteurs les plus courtisés ne négligent pas les changements apportés par la crise. « Le contexte qui prévalait en 2005 pour la facilité de crédit précédente a changé, observe Jean-Michel Thibaud, qui vient de négocier un nouveau crédit syndiqué, de 6 milliards. Doté d’une maturité de cinq ans avec deux options d’extension d’un an, le montage du financement tient compte de la nouvelle donne. « Les banques commencent à anticiper la mise en application de Bâle III, de façon différente de l’une à l’autre », rapporte-t-il. Le groupe a ainsi voulu garder un maximum de flexibilité et éviter de concentrer l’opération sur un trop petit nombre de banques. « L’environnement de marché était suffisamment porteur lors de la mise en place de la facilité pour qu’une prise ferme ('underwriting') par les banques ne soit pas nécessaire, estime Jean-Michel Thibaud. Nous avons ainsi conduit nous-mêmes le processus de syndication auprès de nos 28 banques. »

Fort d’avoir traversé la crise sans encombre, le groupe Lisi (695 millions d’euros de chiffre d’affaires fin 2009) a « négocié des lignes pour un montant de 75 millions d’euros, sous forme de facilités à 1 an se transformant en crédit amortissable à 5 ans en cas d’investissement, ce qui nous permet de négocier une acquisition avec les coudées franches du point de vue du financement, détaille Emmanuel Viellard, directeur général de la société dont la trésorerie est positive. Nous avons préféré négocier des lignes en bilatéral avec les banques plutôt qu’avec un 'club deal' où elles s’alignent sur la plus exigeante. Dans l’ensemble, les établissements bancaires sont plus souples qu’avant sur les 'covenants'. La marge se situe autour de 60 points de base ». Face aux banques très accommodantes, les entreprises gardent le souci de leur indépendance.

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