DOSSIER Cash management

De nouveaux horizons pour les entreprises

le 14/11/2013 L'AGEFI Hebdo

Le Sepa leur ouvre des perspectives sur les flux, et les banques redoublent d’efforts sur la concentration du « cash ».

Auris/Fotolia

Le cash management aborde une ère de grands chantiers. A commencer par les flux, du fait de l’échéance Sepa (Espace unique de paiement en euros)fixée au 1erfévrier prochain pour faire passer les paiements aux normes communautaires. Dans les grands groupes, les adaptations sont au point pour les virements européens, et si les prélèvements, plus complexes, ne peuvent pas forcément tenir le calendrier, ils concernent un nombre limité de « grands remettants ».

Résultat, les trésoriers des grandes entreprises, qui sont motrices sur les sujets de cash management, s’attellent déjà aux sujets 2014 en vue de tirer les bénéfices de la nouvelle donne. « Le Sepa suscite souvent des réflexions pour améliorer les systèmes d’information et la gestion des flux de paiements et d’encaissements, indique Cédric Derras, responsable du cash managementchez Deutsche Bank à Paris. Les entreprises choisissent ce faisant les banques qui vont les accompagner dans les années à venir. »

Unifiant les prix des paiements, les dates de valeur ou encore les formats, le système européen permet des économies d’échelle. « Les entreprises accélèrent leurs réflexions sur la centralisation des opérations, relate Claude Blandin, chez Royal Bank of Scotland. Plus de chantiers d’usines de paiement sont ainsi en cours chez nos clients. Il s’agit de projets très structurants pour les entreprises, d’autant qu’ils peuvent être mis en place progressivement, par devises, régions ou types de paiements (domestiques, 'cross-border'…). » En même temps qu’une gestion automatisée des paiements, ils permettent d’améliorer les contrôles sur les processus et de mieux localiser la liquidité du groupe.

Comme les paiements européens sont effectués dans le format XML, très utilisé dans le monde, leur rationalisation peut même s’effectuer à l’échelle internationale. « Nous délivrons des opérations en standard XML dans 56 pays, avec une vingtaine de grands groupes qui l’utilisent, ce qui nous met à pied d’œuvre pour formuler des offres de 'cash management' mondiales, explique Christophe Roy, responsable cash management chez HSBC France. Dans les grandes entreprises, on voit clairement que ce format enrichi ouvre des perspectives sur des usines de paiements pour l’instant régionales et bientôt mondiales. »

Centralisation

En pratique, les offres des banques permettent des gains de productivité et des économies de frais bancaires potentiellement considérables. « Nous apportons à nos clients la possibilité de payer dans d’autres devises par débit des mêmes comptes euro que ceux utilisés pour les paiements Sepa, en utilisant les développements XML réalisés pour le Sepa », précise Cédric Derras. De quoi expliquer les efforts de certaines entreprises qui ont mené de front Sepa et payment factories. « Sur l’ensemble des appels d’offres régionaux qui nous occupent, plus de la moitié concernent des usines de paiement », relève Filipe Simao, head of client advisory de BNP Paribas. L’augmentation du fait du Sepa et de XML a été spectaculaire. »

Le plus souvent, les projets de centralisation portent sur les paiements émis à partir de l’entreprise, avec, pour commencer, la simple mise en commun de moyens informatiques pour communiquer avec la banque. L’entreprise peut aussi centraliser ses comptabilités fournisseurs et clients et former un « shared service center ». Dans sa forme la plus aboutie, la centralisation prend la forme d’un compte de paiement unique, la trésorerie centrale effectuant des paiements « pour compte de tiers », selon un modèle de banque maison. « Les contraintes juridiques et fiscales représentent des éléments majeurs dans les usines de paiements internationaux, rappelle Cédric Derras. Les solutions sont à mettre au point au cas par cas. » Elles ne sont pas encore très nombreuses, de même que les usines traitant les décaissements : s’agissant en général de petits montants en grand nombre, collectés auprès de clients, les projets sont complexes. « Certains de nos clients ont mis en place de tels systèmes, rapporte toutefois Filipe Simao. Plutôt qu’ouvrir un compte dans chaque pays pour encaisser des paiements, ceux-ci arrivent sur des comptes centralisés en France, avec un cadre réglementaire et un canal unique. »

Côté banques, la volonté de rentabiliser des opérations de paiement dont le prix unitaire a baissé explique ces offres sophistiquées. « Le 'cash management' a vu sa rentabilité écornée par le Sepa ou par la baisse des commissions d’interchange, souligne Alexandre Bousquenaud, directeur en charge des solutions de trésorerie chez bfinance. Les services de 'cash management' doivent aujourd’hui être tarifés à leur juste prix, et non plus en compensation du coût du crédit, dans le cadre d’une relation globale avec le client. »

Moins rémunérateurs, les paiements n’en restent pas moins stratégiques pour les banques car ils débouchent sur la gestion de la liquidité des entreprises. Or cet autre volet du cash management a vu son intérêt renforcé par Bâle 3 et les ratios de liquidité. « Les marges sur le 'cash management' ayant été réduites, les banques tirent aujourd’hui principalement leur rentabilité de la gestion des placements, notamment dans le cadre de mise en place de 'cash pooling' », explique Alexandre Bousquenaud.

Des offres démultipliées

Les entreprises peuvent ainsi compter sur des offres démultipliées de la part des banques. « Les métiers qui génèrent de la liquidité et fidélisent les clients gagnent en importance dans les banques, observe Philippe Marquetty, directeur produits de paiement et cash management. Le groupe Société Générale accélère ses investissements sur les sujets de flux et optimise ses outils pour s’inscrire en bonne place parmi les grands acteurs régionaux dans ce domaine. » La banque a revu son organisation afin d’offrir des services intégrés, en mettant les paiements en prise directe sur la gestion de la liquidité, à l’échelle la plus internationale possible. « Le rapprochement dans un même pôle de la banque, Global Transaction & Payment Services, des flux auprès des entreprises et des banques trouve ainsi tout son sens, pour les paiements, l''e-banking' et le 'cash pooling' », précise Pascal Augé, directeur de Global Transaction & Payment Services.

Les ambitions des banques sur la gestion des liquidités passent par une couverture à l’international, car disposer d’un réseau est déterminant pour offrir des comptes bancaires dont les soldes seront concentrés. Les ambitions à cet égard supposent des stratégies à long terme. « Notre stratégie est de réaliser 85 % de notre PNB avec des pays et des clients tournés vers l’international d’ici à 2050, fait savoir Christophe Roy, Nous sommes déjà présents sur les pays stratégiques où le commerce extérieur est important et y renforçons notre présence. »

L’Asie figure au premier rang des zones convoitées, d’autant que les réglementations s’assouplissent et que les projets pilotes se multiplient. Certains pays restent encore très restrictifs, comme l’Inde, l’Indonésie, Taiwan et la Chine, avec des situations de « cash trap » (« piège à liquidité », la devise locale ne sort pas du pays). Une solution de cash pooling consiste alors à effectuer des remontées de cash notionnelles - l’argent reste sur les comptes locaux mais le calcul des intérêts par la banque intègre ces soldes de comptes. La Chine attire particulièrement l’attention et de nombreux cash pooling locaux y sont mis en place. Depuis cet été, le régulateur chinois permet à des sociétés chinoises de prêter des renminbi à des sociétés du même groupe à l’étranger, ce qui constitue une avancée majeure. « Nous venons d’être leader sur une opération de prêts intragroupe, en renminbi, entre une société onshore et une société offshore, HSBC ayant été agréée pour conduire cette opération pilote en Chine, indique Christophe Roy. Il s’agit de la première opération où du 'cash' chinois onshore peut être utilisé pour financer des développements de la maison mère offshore. » On est encore loin d’intégrer la Chine dans un cash pooling mondial mais l’avancée semble majeure, même si la portée des nouvelles règles demande encore à être complètement clarifiée. 

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