Entretien avec... Jérôme Laurre, associé gérant de Beyond Solutions* et président du Cercle Finance et Stratégie**

« Un nouveau modèle de banque se dessine »

le 12/07/2012 L'AGEFI Hebdo

En quoi le crédit bancaire est-il plus difficile à présent ?

La baisse de la rentabilité des activités des banques pour leurs clients entreprises sur les marchés atteint 60 % à 70 % depuis la crise. Ces activités ne peuvent donc plus « subventionner » l’octroi de crédit, lui-même renchéri avec Bâle III. Par ailleurs, les difficultés de financement des banques sont inédites, avec un blocage du marché interbancaire et l’impossibilité de lever des ressources longues en dehors de covered bonds (obligations sécurisées) ou de financement « collateralisé ». Or les covered bonds sont juridiquement limités aux Etats, aux collectivités locales et au crédit hypothécaire, si bien que les financements des entreprises sont rendus difficiles si la banque n’a pas de dépôts. Le recours au système de « collateral » est le signe que fondamentalement, la confiance dans les banques a disparu et qu’elles ne peuvent plus jouer aussi efficacement leur rôle.

Quel recours offrent les institutionnels ?

Les marchés des capitaux vont être plus hétérogènes et la liquidité fragmentée. Le problème est de réagréger les liquidités pour les entreprises. On assiste à de multiples initiatives de financements alternatifs dues au sentiment d’urgence. Mais les acteurs en excès d’épargne ont des difficultés pour faire par eux-mêmes l’analyse de crédit et ils ne sont pas en mesure de se substituer aux banques de façon large. D’où la multiplicité des initiatives qui n’en sont qu’à leur début. Mais l’ensemble représente des montants faibles par rapport aux besoins. Par ailleurs, un nouveau modèle de banque se dessine, comme aux Etats-Unis, en forme de « passe-plats », pour un refinancement sur les marchés financiers, mais il semble difficile de l’appliquer pour financer les PME et les infrastructures. Si les choses s’arrangent sur le marché interbancaire, l’intermédiation reprendra ses droits naturellement. Sinon, la solution passera par une nationalisation partielle des banques, avec mise de côté des actifs de mauvaise qualité pour restaurer la confiance. Quant au renchérissement du crédit bancaire avec Bâle III, il restera toujours plus avantageux pour les entreprises qui y ont accès qu’un financement via une nouvelle organisation de marché.

*Société spécialisée en opérations financières stratégiques.

**Think-tank de l’ENS Cachan.

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