Rencontre avec... Jean-Michel Darrois, cofondateur du cabinet Darrois Villey Maillot Brochier

« Nous voulons rester indépendants »

le 29/11/2012 L'AGEFI Hebdo

Plusieurs associés viennent de vous annoncer leur départ. Pourquoi ?

Trois jeunes associés vont quitter le cabinet. Ils partent pour créer leur propre structure, comme Philippe Villey et moi-même l’avons fait avant eux. Ils ne rejoignent pas un grand cabinet anglo-saxon mais veulent tenter une aventure personnelle. Le fait de travailler dans une structure comme la nôtre leur a donné envie de créer. On espère pour eux que cela va marcher.

Quelles conséquences allez-vous en tirer alors que deux associés et six avocats vous ont quittés en janvier 2012 ?

Nous avions avant ces départs décidé d’associer trois autres jeunes avocats de notre cabinet : Hugo Diener, Olivier Huyghues-Despointes et Christophe Vinsonneau. Il comptera ainsi toujours 5 avocats, dont 19 associés. Et nous allons poursuivre notre stratégie qui est d’être un cabinet haut de gamme.

Dans ce contexte, allez-vous transmettre le solde des parts qui vous restent dans le cabinet à la fin 2012 ?

A la fin de l’année, le bénéfice est réparti entre nos associés, selon une grille. J’ai fait inscrire dans nos statuts, il y a des années, qu’à 65 ans, les associés doivent sortir de la grille de répartition. A 65 ans, il faut savoir prendre du recul pour ne pas faire le combat de trop. Je suis désormais concerné. Les associés de plus de 65 ans peuvent toutefois rester au cabinet en tant qu’associé avec un système de rémunération fixe. Je transmettrai donc ma part de bénéfice à l’ensemble des associés à la fin de cette année. Mais, je resterai, avec du recul, pour donner un avis quand on aura besoin de moi. Je resterai pour assurer la transition.

Votre cabinet n’est-il pas trop franco-français tandis que les entreprises s’internationalisent ?

Peu de cabinets français ont décidé d’ouvrir des bureaux à l’étranger. Ouvrir un cabinet à l’étranger est très coûteux. Il faut des années pour le rentabiliser. J’ai ouvert un cabinet à Hong Kong en 1982 et cela n’a pas du tout marché. Cela m’a refroidi, et ce n’est pas notre vision. Nous avons une activité importante, et croissante, de conseil et de contentieux pour nos clients à l’international, mais en nous appuyant sur des correspondants locaux qui sont des leaders sur leur marché. C’est notre approche, et nous pensons que c’est la meilleure pour nos clients.

La concurrence des cabinets anglo-saxons est certes croissante. Elle l’est y compris au travers des « beauty contests », c’est-à-dire des appels d’offres lancés par les entreprises,

pour choisir les cabinets offrant les honoraires les plus bas. Le métier a également évolué pour souvent privilégier l’exécution par rapport au conseil. Mais pour les opérations et les contentieux d’importance stratégique, telles que BAE-EADS, le choix des personnes, plutôt que des structures, et la finesse du conseil restent essentiels. C’est là que réside notre stratégie.

Face à cette situation, certains cabinets français ont opté pour une fusion avec un cabinet américain. Qu’en pensez-vous ?

Nous avons refusé cette option. Nous voulons rester indépendants et ne pas entrer dans une énorme structure. J’ai eu, il y a quelques semaines, une proposition de fusion de la part d’un cabinet américain. Je l’ai refusée. J’ai une certaine vision de la profession. Je suis attaché à l’image de l’avocat qui défend. Je voudrais qu’il garde cette âme et évite de se transformer en sous-banquier d’affaires. Les avocats d’affaires anglo-saxons se rapprochent de plus en plus du banquier. Or la déontologie de l’avocat exige une absence de conflit d’intérêts.

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