Entretien avec... Jean-Michel Thibaud, directeur du financement et de la trésorerie groupe de France Télécom-Orange

« Nous ne pouvons pas nous permettre de jouer avec le risque de liquidité »

le 09/06/2011 L'AGEFI Hebdo

Comme beaucoup de grands groupes, le groupe France Télécom a augmenté le montant de ses liquidités. Dans quelle perspective l’avez-vous fait ?

Le montant des liquidités sur le bilan du groupe France Télécom a en effet progressé de 1,2 milliard d’euros en 2010, à 4,9 milliards au 31 décembre. Nous avons décidé de nous constituer un matelas de sécurité notamment du fait que les marchés obligataires en euros et le financement bancaire pouvaient être fermés de façon brutale et imprévisible. En 2009-2010, ils ont fonctionné par fenêtres et les périodes de fermeture ont représenté au total plusieurs mois. Ce qui n’est d’ailleurs pas le cas des marchés en dollars, qui sont quasiment toujours ouverts. Or nous ne pouvons pas nous permettre de jouer avec ce risque de liquidité.

Comment pilotez-vous le montant de ces liquidités ?

Nos cash-flows ont d’abord servi à nous désendetter de manière assez massive depuis deux ou trois ans et notre dette nette se chiffre à fin 2010 à 31,8 milliards d’euros, un niveau qui correspond à ce que nous souhaitons. Nous avons une gestion de bilan prudente. Nous avons profité du fait que les taux sont particulièrement bas pour emmagasiner du cash et réaliser plus de 5 milliards d’euros d’opérations de liability management (gestion du passif, NDLR). Nous émettons de la dette pour détenir le montant de cash qui nous semble nécessaire, au regard de nos cash-flows, de nos investissements et de nos échéances de remboursement.

Ces liquidités seront-elles employées dans le cadre d’acquisitions ou pour financer la croissance interne ?

Je ne pense pas que ces liquidités aient été constituées par les groupes dans la perspective de réaliser des acquisitions. Ce sont plutôt les opportunités et le coût de la dette, dorénavant beaucoup moins élevé, qui sont déterminants pour passer à l’acte. En revanche, France Télécom devra financer le plan d’investissement de 18,5 milliards d’euros, focalisé sur les secteurs en croissance, que vient d’annoncer le groupe.

Pouvez-vous vous permettre, dans ces conditions, de placer votre trésorerie avec un horizon plus long terme ?

Certains le font, mais la logique de la constitution de ce matelas est la sécurité et nous devons justement pouvoir mobiliser à tout moment ce cash. Donc il ne doit pas être placé sur un horizon trop lointain.

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