Micado, premier fonds d’obligations midcaps, touche au but

le 12/04/2012 L'AGEFI Hebdo

Ce véhicule inédit permettra aux entreprises moyennes d’accéder au marché obligataire dans des conditions de prix intéressantes.

Entamés il y a plus d’un an, les préparatifs s’accélèrent pour Micado France 2018, fonds d’obligations de PME-ETI. « Nous venons d’obtenir, rien que cette semaine, plusieurs nouvelles intentions de souscriptions de grands institutionnels, indique ainsi Thierry Sebton, président d’Accola ltd, conseil en structuration à l’origine du projet avec Investeam et Middlenext. Il faut naturellement plus de temps pour lever des fonds sur un support rassemblant une vingtaine de primo-accédants au marché obligataire que dans le cadre d’une émission obligataire classique, où les investisseurs, familiers du crédit, permettent de boucler les engagements en quelques jours. »

Mutualisation des risques

De fait, le fonds se propose de regrouper des obligations émises par une vingtaine d’ETI (entreprises de taille intermédiaire) dont les emprunts, d’une taille de 5 à 20 millions d’euros, seraient de taille insuffisante pour des émissions individuelles. Si, dans une optique de réduction des frais, les sous-jacents ne sont pas notés, les investisseurs bénéficient de la mutualisation des risques. Le montage se démarque toutefois d’autres emprunts groupés déjà lancés comme ceux du GIAC, en forme de titrisation. « Les emprunteurs ne sont pas solidaires même s’ils bénéficient du regroupement des emprunts pour amortir les coûts du montage et du placement, explique Philippe de Portzamparc, président de Groupe Portzamparc. Chacun aura ses propres conditions selon l’appréciation de sa signature par Portzamparc Gestion. Les taux d’emprunt, fixes sur 6 ans, devraient ainsi s’étager entre 5 % et 8 % et aboutir à un taux moyen brut d’environ 6 %. » Les obligations étant cotées sur Alternext, le traitement selon Solvabilité II à partir de 2014 s’en trouve amélioré.

Pour rassurer les investisseurs, le fonds contractuel Micado prend la forme d’un FCP (fonds commun de placement), véhicule bien connu des investisseurs français. Surtout, le risque fait l’objet d’une grande attention : « Les courtiers Portzamparc Société de Bourse et CM-CIC Securities ont sélectionné de très belles sociétés qui relèvent de secteurs d’activité variés, puis la société de gestion a effectué un nouveau tri, précise Caroline Weber, directrice générale de Middlenext. Dans le cas d’une simulation de stress avec plusieurs défauts, hypothèse hautement improbable, le rendement pour les investisseurs reste supérieur à l’OAT (obligation assimilable du Trésor). » De fait, l’argent collecté avec Micado servira à financer des projets de croissance, et en attendant le bouclage de l’opération, les sociétés se financent sans peine auprès de leurs bailleurs de fonds habituels. « Il s’agit essentiellement d’entreprises dont les ratios correspondent à la catégorie ‘investment grade’ », relève Thierry Sebton. Une fois les capitaux recueillis, Portzamparc Gestion, qui a validé les risques de crédit individuellement, gérera le fonds « à horizon ».

Autre précaution, « pour assurer une forme de liquidité, l’investissement des fonds s’effectuera à hauteur de 20 % dans des obligations ‘investment grade’, et les coupons seront ensuite placés sur ce type de titres », prévient Didier Jug, directeur général chez Investeam, la société co-originatrice du projet et chargée de commercialiser le fonds.

Instances décisionnaires

Reste que s’agissant d’un investissement d’un type nouveau, les décisions des institutionnels sont longues à obtenir pour les promoteurs du fonds, notamment parce qu’elles nécessitent l’aval des comités d’investissement. Cela dit, « le positionnement des investisseurs s’est sensiblement modifié dès lors qu’une quinzaine de sociétés (dont Manitou, Avanquest, Solucom…) ont communiqué il y dix jours sur leur projet d’émettre des obligations, enlevant à l’information son caractère privilégié et permettant donc une communication transparente sur les noms des émetteurs considérés », commente Thierry Sebton. Résultat, « le fonds devrait pouvoir être bouclé dans les deux mois », assure Caroline Weber. Une collecte de 100 millions d’euros représente un minimum pour un objectif initial de 300 millions.

« Les plus intéressés sont les investisseurs voulant miser sur les PME dans un esprit citoyen, l’accès de ces entreprises au marché obligataire représentant un objectif qui entre dans ce thème, relève Frédéric Smith, directeur général chez Investeam. D’autres apprécient avant tout avec Micado la possibilité de diversifier leurs placements, dans un contexte de taux très bas et dans la mesure où le risque entreprise offre une bonne visibilité, notamment par rapport aux valeurs financières. De fait, les investisseurs sont déjà capables d’investir en obligations convertibles et en actions sur de tels noms. »

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