Manque d’ambition

le 09/06/2011 L'AGEFI Hebdo

Les entreprises manquent d’ambition dans l’utilisation de leurs abondantes liquidités. Leurs stocks de capitaux disponibles accumulés depuis la chute de Lehman Brothers, sur fond de raréfaction des financements bancaires et de récession menaçante, sont pourtant considérables. Mais tirant les leçons de la crise, les groupes cotés ont adopté une gestion extrêmement prudente de leur trésorerie, ne dépensant qu’avec la plus grande parcimonie, optant pour des opérations de croissance externe d’ampleur limitée, réalisées souvent dans les pays émergents. Même leurs actionnaires, qui pourraient espérer des dividendes élevés, ne sont pas particulièrement choyés.

Cette stratégie paraît risquée. D’abord parce que les investisseurs s’impatientent face à l’apathie des sociétés riches en cash disponible. Ceux-ci ne privilégient pas nécessairement les entreprises faisant le pari d’acquisitions à n’importe quel prix, et considèrent qu’en l’absence de projets rentables à des prix raisonnables, les groupes cotés feraient mieux de leur redistribuer leurs liquidités. Mais leur objectif principal demeure que ces moyens soient « remis au travail » afin de créer de la valeur, et ils apprécient les groupes dotés de fortes stratégies de croissance, d’autant que détenir du cash rapporte peu dans une période de taux toujours faibles.

Par ailleurs, si les groupes cotés ne semblent pas croire au retour de la croissance dans les pays développés, un comportement trop pusillanime risquerait d’entamer sérieusement leurs perspectives, déjà faibles, en Europe. L’objectif premier des entreprises devrait être la croissance passant par le développement de nouveaux moyens de production, afin de financer de nouveaux projets, de créer des emplois et donc, de remplir leur rôle dans le système économique. Ne sont-elles pas les premières à s’inquiéter des effets néfastes des normes prudentielles de Bale III, qui selon elles mettraient en danger la capacité des banques à les financer ?

Enfin, combien de temps les groupes cotés pourront-ils regorger de liquidités ? L’expérience démontre d’abord que les lourds galions à l’ancre sont, tôt ou tard, la proie des corsaires.

De plus, partout en Europe, les Etats et les salariés voient leur situation financière se dégrader. Les projets du gouvernement français de taxer les entreprises qui versent de trop fortes rémunérations à leurs dirigeants, ou d’obliger celles qui augmentent leurs dividendes à verser une prime aux salariés, pourraient bien n'être qu’un avant-goût de ce qui attend les groupes riches et ne sachant comment faire bon usage de leur valeur ajoutée. A l’aube de la campagne présidentielle, nul doute que ce sujet devrait revenir sur la table.

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