L'investissement des entreprises, point faible de la reprise américaine

le 11/07/2013 L'AGEFI Hebdo

Devant les incertitudes domestiques et mondiales, les firmes n'ont pas de projet d'extension de leurs capacités. Les plus grandes rachètent leurs actions.

Illustration: AGEFI

L’investissement des entreprises est aujourd’hui un grain de sable dans les rouages des comptes nationaux américains. Sans lui, la croissance économique serait plus limpide et plus nette. Sa faiblesse persistante ces derniers temps témoigne de l’attentisme des entreprises et laisse planer un doute sur la vivacité de la reprise aux Etats-Unis. Avec une interrogation : l’économie américaine peut-elle retrouver ses taux de croissance d’avant-crise sans une véritable reprise de l’investissement ?

La dernière mouture du PIB au premier trimestre révèle une progression de l’investissement des entreprises de 0,4 % en rythme annualisé, une stagnation succédant à des trimestres un peu plus toniques. « Si on lisse les données des derniers trimestres, le résultat est relativement faible, surtout comparé à la bonne santé économique et financière des entreprises », explique Christian Parisot, chef économiste d’Aurel BGC. Après s’être effondré en 2009 au plus fort de la crise économique en même temps que la production industrielle, l’investissement a repris des couleurs au cours des deux années suivantes, avant de se mettre en veille.

Frilosité

Mais il faut distinguer les différentes formes d’investissement. C’est surtout l’investissement de capacités dit de structures (-8,3 % au premier trimestre) qui pose problème. Car « l’investissement en équipements et logiciels a progressé sur un bon rythme depuis 2010 (encore 7 % en 2012) et même encore de 4 % au premier trimestre de cette année en rythme annualisé », indique Inna Mufteeva, économiste à Natixis. L’écart entre les deux types est visible dans le ratio investissement rapporté au PIB. Le ratio de l’investissement global est aujourd’hui encore en dessous de son niveau d’avant-crise, tandis que celui de l’investissement en équipement vient de retrouver son niveau de 2007-2008. Parmi les investissements de structures, l’immobilier commercial et d’entreprise « est très en retard dans le cycle, note Inna Mufteeva. Le taux de vacance dans les bureaux est toujours très élevé ».

« Les raisons de la frilosité des entreprises à investir tient aux incertitudes économiques, domestiques et extérieures, souligne Christian Parisot. La consommation domestique n’est pas très allante et l’impact des restrictions budgétaires reste flou. Le 'fiscal cliff' de la fin 2012 a contribué à freiner l’investissement. Quant aux piètres perspectives de la demande mondiale, en provenance des pays émergents ou de la zone euro, elles n’incitent pas les entreprises exportatrices à investir. »

L’environnement domestique et international n’est pas porteur. Investir dans ces conditions serait prendre le risque de réduire les taux de marge qui se situent à des plus hauts historiques (voir le graphique). Quant au taux d’utilisation des capacités (TUC) dans l’industrie, il se situe en deçà de sa tendance de moyen terme et n’incite évidemment pas les entreprises à se lancer dans des projets d’agrandissement en dépit d’un taux d’autofinancement supérieur à 100 %. Seuls les investissements en nouveaux équipements sont privilégiés par des firmes en recherche de gains de productivité, tandis que les investissements d’extension de capacités sont délaissés.

Les entreprises ont une santé financière éclatante, mais aucune raison solide d’investir. L’absence de projets, d’innovations majeures et leurs larges capacités d’autofinancement ne les empêchent pas de s’endetter. Notamment les plus grandes d’entre elles. « Les sociétés cotées s’endettent dans le but de racheter leurs actions », relève Christian Parisot. « Elles profitent du bas niveau des taux d’intérêt pour opérer un arbitrage du coût de financement », explique Inna Mufteeva. Les rachats d’actions plutôt que l’investissement : la situation ne pourra pas se prolonger très longtemps.

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