Dossier Marché actions

L’introduction en Bourse de Numericable, un succès prometteur pour la Bourse de Paris

le 23/01/2014 L'AGEFI Hebdo

L’opération a montré que la Place parisienne était à nouveau prête à accueillir de grosses opérations.

L’introduction en Bourse de Numericable, un succès pour ParisAvec son offre souscrite plus de dix fois, Numericable aura couronné de succès, fin 2013, le retour des introductions en Bourse de grande taille à Paris. Il était temps ! En levant 750 millions d’euros, de plus à un prix, 24,80 euros l’action, situé en haut de fourchette, l’opération a renoué avec des opérations d’envergure, qui n’avaient plus été vues sur la Place depuis les IPOs (initial public offerings) de Rexel et Bureau Veritas, en 2007.

C'est l'ensemble du marché européen qui a subi une raréfaction des introductions avec la crise. « Jusque fin 2012, l’Europe subissait une certaine défiance de la part des investisseurs et les sociétés envisageant de se coter en Bourse hésitaient sur le choix de la place », rappelle Sylvie Sauton, responsable ECM France chez JPMorgan. Si Constellium et Criteo ont choisi de se coter aux Etats-Unis, Blue Solutions (46 millions d’euros levés) avant Numéricable, et Tarkett (482 millions), juste après, ont choisi la France. « Le marché des introductions en Bourse s’est ouvert avec un peu de retard en France fin 2013, des opérations ayant eu lieu en Allemagne auparavant, et dans le reste de l’Europe, avec des performances très favorables, comme sur Royal Mail », indique Sylvie Sauton.

Numéricable tenait d’autant plus à voir la société cotée en France que son activité s’y déploie, qui plus est en grande partie sur l’espace public. « Le secteur où nous opérons étant très réglementé, il nous a semblé positif de nous inscrire dans le paysage national », indique un porte-parole.

Chantier d'ampleur

Mais le choix de la place de cotation ne représentait pas la seule audace de l’opération. La préparation de la société a constitué elle aussi un chantier d’ampleur, sachant que dix-huit mois plus tôt, son bilan trop chargé l’avait conduite à se refinancer sur le marché des obligations à haut rendement. Les bonnes performances, à partir de fin 2012, avaient ensuite aplani la difficulté. A partir du printemps 2013 est intervenu un travail juridique minutieux, car l’opération de mise en Bourse a été précédée de la fusion légale de Completel, câblo-opérateur en B to B, avec Numéricable, acteur grand public. Sous contrôle identique, les deux opérateurs n’avaient pas de holding commune et il a fallu procéder à leur rapprochement avant de faire appel au marché primaire. « La fusion des deux sociétés a permis de dégager des synergies financières, sous forme de report de déficits fiscaux et de baisse de l’endettement et donc de son coût », précise Valéry Barrier, responsable ECM France chez Deutsche Bank. Une fois faite, la fusion a donné lieu à une révision de la documentation des prêteurs, ceux-ci donnant leur accord pour revoir les modalités de remboursement et les coupons en cas de réussite de l’IPO.

L’opération de marché a été conduite par Deutsche Bank, présente sur les cinq introductions françaises de 2013. « Nous disposons de l’une des plus grandes plates-formes de distribution, ce qui nous permet de faire appel à une large base d’investisseurs européens et anglo-saxons, explique Valéry Barrier. Nous avons conservé intactes nos activités de recherche, de distribution et de conseil ces dernières années malgré la crise. Cela a été très apprécié par nos clients. » JPMorgan était aussi responsable du placement, s’étant illustré comme conseil sur les principales opérations du secteur des télécoms et du câble. Avec l’opération, l’actionnaire principal, Altice, allait se renforcer au capital, à 30 %, les fonds Carlyle et Cinven en profitant pour s’alléger dans le cadre de clauses de lock-up (maintien) de 6 mois. « La présence des fonds au capital représente plutôt un facteur favorable pour les investisseurs qui y voient un gage d’alignement d’intérêt. En outre, le renforcement d’Altice au capital lors de l’IPO a été perçu de façon positive, s’agissant d’un industriel », analyse Valéry Barrier.

Mais comme atout majeur, la société a mis en avant son parcours de croissance qui lui a permis de constituer le plus important réseau de fibre existant dans l’Hexagone. Un actif très en vogue dans les télécoms, puisque les sociétés propriétaires de ces réseaux se retrouvent en bonne position pour négocier le prochain tournant technologique, l’ultra-haut débit. En outre, la consolidation du secteur est au programme, comme l’atteste l’offre que Charter, numéro un européen du câble, vient de lancer sur Time Warner Cable pour plus de 60 milliards d’euros.

L’opération a pu ainsi attirer des investisseurs internationaux, la demande française étant moins importante qu’avant. Le succès inspire d’ores et déjà les préparatifs d’autres opérations dotées d’actionnaires financiers. « Aujourd’hui, tous les fonds d’investissement sans exception passent en revue leur portefeuille et de nombreuses mises sur le marché sont envisagées dans le cas d'entreprises de grande taille, internationales et disposant d'un management de qualité », indique Sylvie Sauton.

A lire aussi