L'avis de... Patrick Artus, directeur de la recherche et des études de Natixis

« L’important est d’essayer d’anticiper les prochaines décisions de la BCE »

le 25/08/2011 L'AGEFI Hebdo

Dans quel contexte les trésoriers doivent-ils prendre leurs décisions ?

Début avril 2011, la Banque centrale européenne (BCE) a remonté son principal taux directeur de 1,25 % à 1,50 %. La remontée des taux courts devrait se faire lentement parce que la croissance sera inférieure aux anticipations de l’organisme central et que les prix des matières premières sont repartis à la baisse. Avec un prix du baril plat, des prix alimentaires et des prix de métaux en reflux, l’inflation - qui atteint aujourd’hui 2,7 % - pourrait ne pas dépasser 1,5 % à la fin de l’année. Si la croissance recule elle aussi, comme c’est vraisemblable, à 1,5 %, il sera difficile à l’institut européen de justifier une hausse rapide des taux courts. Il n’est même pas certain qu’ils atteignent 2 % dans un an.

Pour ce qui est des taux longs, tout dépend de la référence prise en compte et de la façon dont la situation va évoluer dans la zone euro. Aujourd’hui, le taux moyen pondéré des dettes publiques de la zone est de 3,80 %. Mais il existe des écarts considérables entre les taux des obligations d’Etat des pays « cœur » (Allemagne, Pays-Bas, Finlande, France...) et ceux des pays estimés « à risque ». Parallèlement, les taux swap sont tirés vers le bas par la pression du Bund allemand. Si la crise perdure, nous allons conserver ces écarts de taux entre les deux catégories de pays, les produits référencés swap vont continuer à être tirés vers le bas par l’effet « valeur refuge » de la dette allemande, et la courbe des taux swap continuer à s’aplatir. En ce qui concerne l’Espagne et l’Italie, la stabilisation de leurs taux d’intérêt à long terme en dessous de 5 % n’est due qu’à la reprise des achats par la BCE. Si celle-ci cesse à nouveau ses achats de titres publics, la crise des dettes souveraines reprendra.

Que peuvent faire les entreprises pour optimiser leur gestion de trésorerie ?

Sur une référence swap, je pense que, pour le moment, les « placeuses » n’ont pas intérêt à investir à taux fixes mais à rester indexées sur des taux variables. Doivent-elles, par ailleurs, rallonger la durée de placement ou, pour celles qui l’ont déjà fait, maintenir cette stratégie ? L’important, dans la conjoncture actuelle, est d’essayer d’anticiper les prochaines décisions de la BCE. Et, par conséquent, de se situer sur le segment 1 an/2 ans.

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