L'invité de L'Agefi

L'économie française est plus résiliente qu’on ne le dit

le 13/01/2011 L'AGEFI Hebdo

Outre les politiques publiques mises en œuvre, c'est surtout le résultat de la résistance du tissu des PME et leur adaptabilité aux chocs de marché.

Par Michel Mollard, membre du directoire du groupe Euler Hermes

Il ne se passe pas un jour sans que l’on commente de mauvaises nouvelles concernant l’économie française : perte de compétitivité par rapport aux pays émergents, incapacité à tenir son rang, la liste des maux qui affecteraient notre pays est longue. A la lumière des résultats des entreprises françaises (1), c’est toutefois une réalité plus nuancée qui se dégage.

L’économie française a en effet mieux traversé la crise de 2009 que par le passé. Les défaillances d’entreprises ont certes connu une très forte croissance, mais du même ordre de grandeur que lors de la récession de 1993 qui était bien moins sévère, et alors même que le nombre d’entreprises créées au cours des dernières années était beaucoup plus élevé. 15.000 à 30.000 défaillances supplémentaires auraient dû être observées au cours de cette crise si un certain nombre de facteurs sur lesquels il convient de s’arrêter n’avaient joué.

Une part de cette résistance vient des politiques publiques mises en œuvre, notamment le soutien de 45 milliards d’euros à l’économie en 2009 dont environ la moitié à la trésorerie des entreprises. Mais l’élément dominant apparaît bien être la résistance du tissu des PME qui témoigne d’une évolution favorable de leur adaptabilité aux chocs de marché.

Si les PME ont en effet subi une chute considérable de leur chiffre d’affaires (entre -10 % et -40 % selon les secteurs d’activité), leur profitabilité a en effet remarquablement résisté. Que l’on en juge par quelques chiffres. Dans des secteurs relativement épargnés par la crise, la rentabilité des fonds propres (résultat net/fonds propres) a varié entre 10 % pour l’agroalimentaire et 12 % pour la pharmacie. Dans des secteurs très impactés par la crise, elle a atteint jusqu’à 13 % dans la chimie et même 18 % dans la construction. Bien sûr, de tels chiffres ne s’observent pas partout mais la rentabilité de tous les principaux secteurs de l’économie française est restée positive en 2009, y compris, pour ne citer qu’un exemple, dans la métallurgie (2,5 %).

Ces chiffres amènent à s’interroger sur les raisons d’une telle résistance et d’une telle souplesse.

Nul doute tout d’abord que les PME françaises sont mieux structurées qu’avant du point de vue de leur financement. 40 % du bilan des entreprises de moins de 50 millions d'euros de chiffre d’affaires est constitué de fonds propres, ce qui représente la moyenne de la zone euro (et c’est aussi vrai des entreprises de moins de 10 millions d'euros de chiffre d’affaires). Aucun mouvement massif de recapitalisation n’a d’ailleurs été observé à ce stade (y compris s’agissant des montages LBO - leveraged buy-out). En matière de financement à court terme, les PME françaises ont également gagné en réactivité au cours de ces quinze dernières années.

Par ailleurs, les entreprises françaises disposent désormais de systèmes de gestion plus performants et sont plus orientées vers une culture de résultat. Les mesures qui doivent être prises le sont sans tarder. Il faut aussi souligner combien le marché du travail français a gagné en flexibilité, essentiellement grâce à un phénomène sous-estimé, celui de l’intérim, dont le poids dans la force de travail en France a été multiplié par trois par rapport à 1993. D’une certaine manière, le développement de l’intérim en France est la contrepartie d’une réglementation qui demeure lourde. Mais in fine, il permet d’adapter très rapidement les coûts de production en cas de chute du chiffre d’affaires.

Quelles conclusions tirer de ces éléments quelque peu contre-intuitifs et surprenants ? Certainement pas que la progression de la productivité française est possible partout, ni que les lendemains vont chanter. Certains secteurs ne peuvent plus s’adapter à la pression de la concurrence internationale et il faut être clair : le rouleau compresseur des pays désormais émergés va appeler des ajustements et des remises en cause considérables. Mais globalement, la structure de production française est saine et solide : c’est la démonstration inattendue de la crise de 2009. 

(1) Etude réalisée par Euler Hermes sur plus de 700.000 entreprises françaises

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