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Les investisseurs accèdent à de nouvelles signatures

le 14/11/2013 L'AGEFI Hebdo

Les primo-émetteurs se sont multipliés cette année sur un marché obligataire en quête de rendement et prêt à sortir des schémas classiques.

Nouvelle année record en perspective pour le marché primaire corporate en euros, si l’on exclut les deux millésimes 2001 et 2009. A fin octobre, 157 milliards avaient déjà été levés par des entreprises dans la catégorie investissement, selon SG CIB, tandis que sur le marché high yield (haut rendement) les émissions devraient largement dépasser les 60 milliards d’euros. Cet afflux d’opérations est soutenu par les nouveaux venus sur le marché public mais également en placements privés. Le volume d’émissions inaugurales n’a cessé de croître ces dernières années. Il s’élève à 29 milliards depuis janvier, levés par 62 entreprises européennes, américaines ou asiatiques. Une dizaine de sociétés françaises y ont accédé cette année pour la première fois (voir le tableau). Ces opérations ont en commun de leur assurer une ressource de long terme ainsi qu’une diversification de leurs financements par rapport au classique crédit bancaire. « Les émetteurs considèrent depuis la crise financière de 2008 que le crédit bancaire peut être restreint ou se renchérir brutalement, rappelle Félix Orsini, responsable de l’origination de dette corporate chez Société Générale. Les nouvelles réglementations bancaires pénalisant les capacités de crédit, surtout à long terme, vont dans ce sens. »

Très bas niveau des taux

Les opérations sont également encouragées par le très bas niveau des taux. BioMérieux, une entreprise non notée, a levé début octobre 300 millions d’euros à 7 ans avec un coupon de 2,875 %. « Notre but était de profiter de conditions de marché favorables pour financer l’acquisition de BioFire pour 450 millions de dollars, explique Emmanuel Arabian, directeur financement et trésorerie groupe. Cela nous permet aussi de faire avec succès (NDLR : opération quatre fois sursouscrite) un premier pas sur ce marché afin de nous donner une source de financement complémentaire et diversifiée ». Afin de pouvoir y revenir en cas de besoin, même si l’entreprise bénéficie d’un bilan sain et de forts cash flow. D’autant que les investisseurs, à la recherche d’un surcroît de rendement, consentent des conditions intéressantes et recherchent progressivement depuis 2012 d’autres titres que les émissions obligataires de format classique, avec des montants de 500 millions pour des risques en catégorie investissement. Les noms nouveaux, qui apparaissent sur le marché pour des montants pouvant démarrer à une centaine de millions d’euros, reçoivent désormais un accueil favorable. « Nous attendions cela depuis longtemps, les marchés américain et allemand étant ouverts de longue date à ces opérations, se réjouit Félix Orsini. En placement public comme privé, les émetteurs inauguraux peuvent solliciter les marchés pour des opérations de petits montants, la limite de 300 millions qui existait de fait jusqu’en 2012 ayant disparu. » Zodiac Aerospace a émis, en juillet, 125 millions d’euros sur le marché privé Euro PP. « Nous avons sollicité ce marché naissant afin d’être préparés à y recourir davantage s’il continue de se développer, indique Jean-Jacques Jégou, directeur financier du groupe. Compte tenu de sa profondeur encore limitée, nous avons effectué en parallèle un placement Schuldschein en Allemagne de 535 millions d’euros. » Tout en étant privé, le marché répond à l’objectif de diversification de l’émetteur avec des investisseurs désormais venus de tous les continents.

Les investisseurs se montrent donc prêts à consentir des sacrifices sur la liquidité pour obtenir du rendement. L’émission publique en octobre d’Eramet, pour 400 millions d’euros, a été réalisée à des conditions excellentes, malgré une absence de notation : avec un coupon de 4,5 %, elle comporte une maturité de 7 ans, alors que les primo-émetteurs obligataires effectuent plutôt leur opération inaugurale à 5 ans. Or le spécialiste minier et métallurgique n’a pas l’intention d’alimenter le marché de façon particulièrement active. « Nous n’avons pas le projet de devenir un émetteur régulier et avons essentiellement réalisé cette opération en vue de tirer parti des opportunités de marché pour un financement à 7 ans », explique Jean-Didier Dujardin, directeur financier de la société. Si les entreprises trouvent dans ces marchés obligataires un nouveau canal de financement, cela offre aussi aux investisseurs de quoi diversifier leurs portefeuilles.

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