Grant Thornton veut grossir de 40 % en France d’ici à 2015

le 10/11/2011 L'AGEFI Hebdo

Les métiers de conseil et d’externalisation doivent tirer la croissance du cabinet, qui reste confiant face à la possible réforme européenne de l’audit.

Il y a dix ans, Amyot Exco et Fidulor devenaient le neuvième acteur de l’audit en France en fusionnant sous la bannière du réseau international Grant Thornton. Désormais numéro six de son marché, Grant Thornton France a arrêté en juillet une nouvelle feuille de route, anticipant une croissance de 40 % d’ici à quatre ans. « Nous ambitionnons un chiffre d’affaires de 200 millions d’euros en 2015, annonce son PDG Daniel Kurkdjian. Avant les événements de cet été (le regain de tension sur la Grèce, NDLR), nous comptions sur 20 millions d’euros générés par la croissance externe et sur un développement organique de 7 % par an. » Ces objectifs restent valides pour le moment, mais lors de la crise de 2008, le dirigeant avait dû abandonner son plan d’alors. « Depuis août, nous avons mobilisé toutes nos équipes pour maintenir la tendance de croissance que nous avons connue ces deux dernières années », assure-t-il.

Pour l’exercice 2010-2011 clos fin septembre, le cabinet affiche des revenus en hausse de 8 %, soit environ 140 millions d’euros. Une dynamique plus forte qu’au sein des Big Four* et de Mazars, le numéro cinq du marché, qui anticipaient au mieux une amélioration de 5 % de leurs revenus en France (L’Agefi Hebdo du 15 septembre). Hormis le pôle juridique et fiscal, tous les métiers de Grant Thornton France ont progressé. « La moitié de la hausse du chiffre d’affaires provient d’opérations de croissance externe, le reste du déploiement de nos métiers, détaille le PDG France. L’audit a crû organiquement de 2 %, l’expertise comptable de 1 %, l’‘outsourcing’ (externalisation de comptabilité, de la fonction paie, etc.) de 10 % et le conseil financier et opérationnel de 17 %, grâce à une reprise des transmissions d’entreprises et des fusions-acquisitions. »

Restructuration du cabinet d’avocats

D’ici à 2015, « le rythme de progression devrait être de 5 % par an pour les activités d’audit et d’expertise-comptable (qui représentent 70 % du chiffre d’affaires, NDLR), et de l’ordre de 12 % par an pour l’‘outsourcing’ et le conseil financier et opérationnel », poursuit Daniel Kurkdjian. Pour y parvenir, le groupe conserve son positionnement midmarket : « Nos clients appartiennent au tissu traditionnel des PME, cotées ou non, affichant un chiffre d’affaires de 5 à 80 millions d’euros pour l’expertise comptable, et dans une fourchette théorique de 50 millions à quelques milliards pour l’audit », précise Gilles Hengoat, directeur national de l’audit chez Grant Thornton France. Malgré la pression sur les honoraires, « nous croyons réellement que nous pouvons augmenter nos parts de marché ».

Avec un chiffre d’affaire par associé de 98.000 euros en 2009-2010, le cabinet pointe à la 31e position du marché français en termes de rentabilité, selon La Profession Comptable. Mais le groupe poursuit le plan d’efficacité opérationnelle qui lui a permis d’augmenter sa marge sur activité de 10 % en 2009-2010, en améliorant la gestion du planning ou encore le taux d’utilisation des ressources. De son côté, Grant Thornton Société d’Avocats « est en phase de consolidation afin d’en faire une activité phare comme à l’échelle de Grant Thornton International, indique Daniel Kurkdjian, sans plus de détails. Il a été déstabilisé suite à l’entrée en vigueur du code de déontologie de la profession en 2003 et était alors moins prioritaire dans notre stratégie ».

Le plan français s’inscrit dans celui élaboré à l’échelle de Grant Thornton International. « Il repose sur quatre axes : accélérer la croissance, offrir un service client différenciant, encore mieux accueillir et conserver les talents, et enfin améliorer l’efficacité opérationnelle, expose Daniel Kurkdjian. L’objectif est de doubler le chiffre d’affaires d’ici à 2015 pour atteindre 8 milliards de dollars. » Présent dans une centaine de pays et numéro sept mondial, le groupe compte tirer profit des régions en forte croissance. En France et en Europe, il devra prendre en compte une possible réforme de l’audit. Un an après la parution de son Livre vert dénonçant l’hyperconcentration de la profession, Bruxelles devrait dévoiler une proposition de directive ce mois-ci. Son contenu est encore incertain mais elle pourrait imposer, pour la certification des comptes d’une même entreprise, une rotation des auditeurs ou encore un co-commissariat effectué par un petit cabinet au côté d’un des leaders. Pour Daniel Kurkdjian, « même si certaines mesures nous sont peu favorables, Grant Thornton sortira gagnant d’une réforme visant à faire émerger un ou deux autres gros cabinets ».

*PwC, Deloitte, Ernst & Young, KPMG

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