Le Giac rassemble 80 millions d’euros pour un emprunt groupé

le 27/09/2012 L'AGEFI Hebdo

Destinée à des PME en croissance, l’opération leur offre des financements longs et à des prix compétitifs, grâce à un montage en forme de titrisation.

C’est peu dire que le Giac bénéficie d’un regain d’actualité. Avec une émission de 80 millions d’euros qu’il vient d’annoncer, ce groupement d’emprunteurs offre enfin aux PME la preuve qu’il existe une alternative dans un contexte de crédit bancaire sous contrainte. Certes, l’ex- « groupement des industries agricoles, alimentaires et de grande consommation » n’en est pas à ses débuts puisqu’il a été créé en 1962, à l’époque du crédit encadré. Il a au fil des ans réalisé 25 opérations, s’affranchissant au passage de ses limites d’intervention sectorielles.

Toutefois, l’opération bouclée fin août dernier a été laborieuse, depuis son annonce il y a deux ans. Dans l’intervalle, la crise a rendu les investisseurs frileux, d’autant que les montages du Giac sont à base de titrisation. En pratique, le financement repose sur un FCT (fonds commun de titrisation). « Les obligations émises par le véhicule font l'objet d'une prise ferme par des investisseurs, explique Alain Philbert, président du Giac. La souscription de ces obligations permet au fonds d'investir simultanément dans les obligations émises par les entreprises. »

Acteurs publics

Outre la mutualisation des risques - les entreprises, cotées ou non, sont de tailles et de secteurs variés -, les investisseurs peuvent tabler, pour éponger les premières pertes, sur un montage astucieux : les entreprises emprunteuses versent 7 % des fonds levés pour abonder un fonds de garantie qui souscrit les parts subordonnées. En outre, le montage fait intervenir des acteurs publics. Oséo, qui avait déjà collaboré avec le Giac, garantit ici des parts mezzanine achetées par BPCE. « Oséo intervient dans le cadre de sa mission de complément à l’offre bancaire, s’agissant de financements sur des maturités longues, à 10 ans, avec des différés d’amortissement de quasiment 5 ans, ce que les banques n’offrent pas, indique Jean-Yves Caminade, directeur des capitaux et du bilan chez Oséo. On estime à un milliard d'euros le flux annuel d'investissements long terme qui pourraient se financer avec ce type d'opérations. » Par ailleurs, CDC Entreprises a souscrit 6 % des encours sous forme de mezzanine B. « Nous nous sommes engagés dès fin 2009 à participer à cette opération, rappellent Pascal Lagarde et Véronique Jacq, chez CDC Entreprises. Il s’agit d’une première pour notre maison, suite au placement de gré à gré auquel le Giac a dû recourir dans un contexte de frilosité du marché obligataire. CDC Entreprises semble ici déroger à sa politique d’investissement en fonds propres, mais s’agissant de ressources à long terme pour des entreprises moyennes qui, pour la plupart, vont les consacrer à des projets de développement, nous restons, pour ce cas précis, totalement dans l'esprit de notre cœur de métier. » Les acteurs privés, Natixis et Neuflize Vie, ont souscrit les tranches seniors. « Les assureurs commencent à s’intéresser à l’obligataire sur les PME, la présence de Neuflize Vie parmi les investisseurs du fonds l'atteste, remarque Alain Philbert. Ce type de risque est bien noté sous Solvabilité II. »

Taux modérés

Le Giac a rassemblé des engagements pour 80 millions d’euros sur les 160 millions visés au départ. Le premier chargement, en août dernier, portait sur environ 25 millions d’euros, les autres devant se faire cet automne et jusqu’à mi-2013. Outre des financements longs, les entreprises obtiennent des taux modérés. « Au total, le coût 'all-in' pour l'emprunteur Giac (intégrant la perte potentielle de son fonds de garantie) reste très compétitif par rapport aux rendements demandés par un investisseur en haut de bilan », souligne Alain Philbert. Il s’élève à 5,60 % au-dessus de l’Euribor, le rendement pour l’investisseur ressortant à 3,05 % sur Euribor. De fait, « le Giac n'a pas vocation à réaliser des niveaux de bénéfices élevés ni à verser des dividendes, ses actionnaires étant les sociétés emprunteuses », poursuit Alain Philbert. Financé avec le rendement dégagé par les fonds de garantie, il se charge de l’analyse de risque des entreprises financées, associant les investisseurs à ses décisions. Par la suite, il procède à des revues annuelles des risques. De quoi conforter les bailleurs de fonds, de même que les pertes très minimes qui ont été enregistrées par le Giac, d'environ 5 % des fonds de garantie (7 % des prêts) sur l'ensemble des opérations depuis 50 ans.

A lire aussi