Fonds propres des PME, les initiatives se multiplient

le 03/11/2011 L'AGEFI Hebdo

Les investisseurs traditionnels réduisant leur mise, les projets en cours pour ces entreprises cherchent surtout un salut via la Bourse.

Photo : Denis/REA

Le capital des PME a toutes les chances de provenir à terme de nouveaux bailleurs de fonds. Avec Solvabilité II et Bâle III, l’assèchement de la contribution des grands acteurs menace. Les derniers chiffres de l’Association française des investisseurs en capital (Afic) montrent d’ailleurs une moindre collecte de fonds (voir le graphique). Les particuliers également sont en voie de réduire leur mise, ayant subi la baisse des marchés comme celle du dispositif ISF-PME : permettant de retirer du champ de l’ISF la moitié des investissements réalisés dans des PME, à hauteur de 45.000 euros, il a été partiellement réduit pendant que l’augmentation à 1,3 million d’euros du seuil de déclenchement de l’imposition à l’ISF faisait sortir 300.000 contribuables.

Face à ces menaces, les initiatives de soutien aux PME et ETI (entreprises de taille intermédiaire) se multiplient. Les pouvoirs publics sont en première ligne : plusieurs fonds d’investissement sectoriels ont ainsi été créés à l’instigation du FSI (Fonds stratégique d’investissement) dont, dernier en date, le FIMIEEC (Fonds d’investissement pour la modernisation de l’industrie électrique, électronique et de communication), porté sur les fonts baptismaux par deux fédérations professionnelles (FIEEC et UIMM) et des banques (Crédit Agricole et Banques Populaires), aux côtés du FSI. Doté de 35 millions d’euros, il a pour objectif de faire émerger des ETI dans le secteur et s’ajoute à ceux déjà lancés par le FSI et CDC Entreprises pour les secteurs automobile, des biotechs et du bois, pour des fonds de 1 milliard d’euros au total. En outre, le gouvernement annonce un guichet unique en région couvrant les actions du FSI, de France Investissement et du programme Investissements d’Avenir. « Jamais l’Etat ne s’était autant occupé des entreprises, et les interventions cumulées de la Caisse des dépôts (CDC), du FSI et d’Oséo permettent assurément d’atténuer les effets de la conjoncture défavorable, estime Jean-Emmanuel Vernay, associé chez Invest Securities. Pour autant, il serait souhaitable que d’autres acteurs institutionnels jouent le jeu car pour faire un marché, il faut plusieurs intervenants. » De fait, Oséo vient d’annoncer une association avec KfW, son équivalent allemand (lire l’encadré), pour mieux aider les entreprises moyennes dans leur recherche d’investisseurs.

Nouveau projet de PEA

Mais les acteurs privés souhaitent sortir des cadres existants. « Il existe une anomalie de marché spécifique à la France, souligne Grégoire Sentilhes, président de Nextstage. Il y a un taux d’épargne élevé, notamment dans l’assurance-vie, mais elle est peu orientée dans l’économie réelle, et finance très insuffisamment les investissements dans les PME qui représentent 60 % de l’économie française et l’essentiel de la création d’emplois. » D’où un projet de PEA (plan d’épargne en actions) destiné aux titres émis par les PME, promu par PME Finance, ProActions et soutenu par l’Association française de gestion financière (AFG). Ce nouveau dispositif aurait permis d’apporter 2,5 milliards d’euros sur trois ans aux PME. Pour l’heure, le projet, rectifié, prévoyant de réserver une partie du PEA actuel à l’investissement dans des PME, n’est pas encore inscrit dans la loi de Finances 2012. Toutefois, les chances de succès sont minces. « Le projet qui consiste à obliger les PEA à s’investir en partie dans le capital des PME irait dans le bon sens, mais le dispositif serait lourd à mettre en place, notamment parce que les montants moyens des PEA sont petits, constate Jean-Emmanuel Vernay. Par ailleurs, beaucoup d’intérêts contraires militent pour l’abandon de ce projet. » Le dispositif est en effet décrié comme une nouvelle niche fiscale.

Dans ces conditions, les regards convergent vers la Bourse. Les entreprises de petite taille qui ne peuvent envisager une introduction sur Nyse-Euronext peuvent déjà demander depuis 2008 à être cotées sur Alternativa, une place de marché régulée qui a accueilli à ce jour 32 sociétés small caps pour une vingtaine de millions de fonds levés. Elle cherche aujourd’hui à se développer en région. « Nous voulons tisser un lien encore plus étroit entre l’investisseur et l’entrepreneur en nous rapprochant des territoires, explique Clément Le guay, directeur général de la société. Nous avançons dans cette démarche d’antennes régionales. »

Les entreprises moyennes réclament, elles, un soutien plus énergique du marché réglementé, notamment les plus avancées. « Les PME n’ont ni la taille ni l’organisation suffisantes pour affronter un parcours boursier, contrairement aux ETI, des entreprises de 250 et 5.000 salariés. Or si la France compte 4.600 ETI (250 à 5.000 salariés), seulement 257 sont cotées, ce qui est très insuffisant, assure Yvon Gattaz, président fondateur de l’Asmep-ETI. Pour ces entreprises qui ont besoin de fonds pour investir massivement dans leur croissance, la Bourse représente en effet un excellent moyen de financement, comparé à celui que procure un actionnaire unique ». Pour les entreprises en dessous du seuil ETI, un marché distinct semble la bonne solution. « Il faut préserver la distinction entre les marchés réglementés et ceux alternatifs de type Alternext, qui offrent une porte d’entrée en Bourse plus simple, conseille Fabrice Demarigny, directeur des activités marchés de capitaux chez Mazars. Il est important de proposer un continuum de financement. »

Face aux cours en berne de la plupart des PME cotées (800 sur Nyse Euronext) et à la baisse des cotations nouvelles, un fonds de 200 millions d’euros est prévu par la place pour investir dans les PME cotées, mais les investisseurs privés sont peu pressés de le soutenir. « Alors que la CDC mise 500 millions via France Investissement dans le non-coté, son investissement dans le fonds coté serait de 40 millions, ce qui paraît bien peu », regrette Marc-Antoine Guillen, président d’Invest Securities.

Masse critique

Les initiatives devraient se préciser avec la sortie, prévue début novembre, du rapport préparé par Gérard Rameix, médiateur du crédit, et Thierry Giami, président de l’Observatoire du financement des entreprises par le marché, destiné à proposer une solution efficace pour favoriser la cotation des PME. Les réflexions semblent s’orienter vers un projet de Bourse spécifique, contrôlée par la CDC, Nyse-Euronext apportant son savoir-faire en systèmes d’information. « Obliger Nyse-Euronext à ouvrir le capital d’une filiale française, pourquoi pas ? Mais ce n’est pas en soi la solution car le problème fondamental n’est pas la refonte de la place de marché, c’est le constat de la réduction du nombre des investisseurs sur le segment des PME et réfléchir comment les attirer à nouveau », relève Marc-Antoine Guillen. « Il faut la volonté de créer une masse critique suffisante, renchérit Fabrice Demarigny. Dans un contexte économique morose, la question du financement des PME-ETI va devenir européenne. Peut-être le rapprochement entre Nyse-Euronext et Deutsche Börse permettra-t-il de commencer à bâtir quelque chose d’européen ? »

Le fait est que cet auteur d’un rapport sur le « small business act du droit boursier » en 2010 serait président du Comité d’orientation stratégique dédié aux PME-ETI que Nyse-Euronext se propose de constituer pour montrer combien ces entreprises sont au cœur de sa stratégie. « Le segment des PME-ETI représente 80 % des sociétés cotées sur Nyse Euronext et il est donc stratégique pour nous », confirme Marc Lefèvre, directeur développement commercial et relations émetteurs listing Europe chez Nyse Euronext. L’entreprise de marché défend son bilan en faveur des entreprises moyennes, dont le nombre est passé depuis début 2010 de 120 à plus de 180 aujourd’hui.

Elle vient juste d’annoncer de nouvelles initiatives pour faciliter encore l’accès des PME-ETI aux marchés des capitaux. Leur visibilité, via la distinction de deux segments sur Alternext, sera accrue et l’entreprise compte renforcer « la pédagogie et la proximité ». Elle met surtout en avant la perspective d’un marché européen pour les PME. « Depuis 2005, date de sa création, Nyse Alternext a permis de lever 2,6 milliards d’euros, dont la moitié auprès d’investisseurs étrangers, indique Marc Lefèvre. Favoriser le financement des PME- ETI en Bourse passe ainsi, à nos yeux, par un marché paneuropéen, et le rapprochement avec Deutsche Börse va y contribuer. »

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