Dossier Santé

Le financement des biotechs à un carrefour

le 06/09/2012 L'AGEFI Hebdo

Les start-up de la santé se tournent plus souvent vers des partenariats industriels, et demandent de relancer les financements institutionnels.

Illustration: Agefi

Les biotechs au plus haut sur le Nasdaq », titrait

Le Figarodu 1eraoût à propos d’une quinzaine de grandes sociétés américaines comme Amgen qui attisent l’intérêt des investisseurs, notamment suite à une vague d'OPA inédite depuis trois ans (sur Genentech, Genzyme, Human Genome Sciences...). « Les laboratoires pharmaceutiques traditionnels, venus de la chimie moderne, sont depuis longtemps en déficit d’innovations, rappelle Gilles Nobécourt, directeur associé d’EdRIP BioDiscovery. Alors que les biotechs, développées à partir des années 80 en reconstituant les cascades d’événements biologiques aboutissant aux pathologies pour comprendre comment les bloquer, ont un bien meilleur taux de réussite. »

Ces progrès de la biologie permettent de comprendre les cascades communes à plusieurs aires thérapeutiques, d’améliorer la prévention et de proposer des thérapies plus efficaces susceptibles de permettre des économies de coûts pour des systèmes de santé de plus en plus exigeants. Les grands laboratoires, pourtant priés de démontrer « l’amélioration du service rendu », tardent à faire évoluer leur R&D (recherche & développement), jusque-là trop normée et limitée en termes de prise de risques. La réussite de ces recherches nécessite aussi de cibler des problématiques médicales très fines, avec des molécules s’adressant à des populations réduites, ce qui peut faire de la place à de plus petites sociétés capables de développer les essais cliniques jusqu’à la commercialisation sans soutien extérieur.

Décorrélation

« Le secteur atteint une certaine maturité, avec un début de consolidation mais il requiert d’importants moyens capitalistiques que nous peinons à réunir en France », explique André Choulika, président de Cellectis et de France Biotech, qui déplore l’impact fortement négatif de la réforme sur le statut de JEI (jeune entreprise innovante). Faute de réunir plusieurs centaines de millions d’euros, certaines biotechs hexagonales ont fait l’objet ces derniers mois de premiers rachats par des sociétés étrangères (Ipsogen par Qiagen ou Novagali par Santen). D’autres, en particulier dans les « medtechs », ont quand même profité d’une certaine décorrélation par rapport aux marchés pour réussir de belles introductions en Bourse dans un contexte pourtant difficile : Mauna Kea, Carmat, AB Science, Neovacs, Stentys, Adocia, DBV Technologies, Vexim, EOS, etc.

« Ce segment résiste bien à la conjoncture et a des atouts pour une allocation d’actifs cohérente, d’autant plus pour certaines institutions sensibles aux économies potentielles que l’innovation thérapeutique peut générer dans les dépenses de santé », insiste Gilles Nobécourt, dont la levée en cours du FCPR* BioDiscovery 4 se déroule bien (premier closingà 125 millions en juillet sur un objectif de 200). En France, avec notamment les FCPI**, dont le dispositif n’est pas encore renouvelé au-delà de 2012, les biotechs ont souvent trouvé les moyens pour se lancer, mais les fonds institutionnels spécialisés pour les accompagner par la suite font défaut (voir le graphique), alors qu’un capital-risque solide permettrait de relancer l’industrie pharmaceutique tant en matière d’emplois que de connaissances scientifiques. Ce « cercle vertueux » est à la base de l’idée du cofinancement, depuis 2009 entre le Fonds stratégique d'investissement et 9 grands laboratoires (dont Sanofi et GSK), sur le fonds InnoBio, géré par CDC Entreprises : « L’Europe manque encore de succès marquants qui, comme Actelion, feraient venir les investisseurs, note Philippe Boucheron, chez CDC Entreprises. Même si les multiples obtenus sur certaines high-techs sont difficilement atteignables. »

D'aucuns regrettent parfois des cotations en Bourse précoces. « C’est lié au très long cycle de développement des médicaments, il faut juste savoir mutualiser les risques », justifie Philippe Pouletty, cofondateur de Truffle Capital, en référence aux grands succès américains. Avec une liquidité imposée aux capital-risqueurs au bout de dix ans, les biotechs choisissent donc souvent de s’en remettre à des partenariats industriels (85 en France en 2011), même aux Etats-Unis. Sachant que, pour un meilleur contrôle des essais cliniques, les grands laboratoires interviennent ainsi de plus en plus tôt. « C’est un choix stratégique alternatif pour certains projets moins avancés de la biotech », souligne Denis Lucquin, président de Sofinnova, qui, malgré plusieurs belles sorties ces dernières années, réfléchit avec les associations professionnelles à de nouveaux moyens de promouvoir l’investissement boursier sur ces PME innovantes... « On devrait aussi réformer le Crédit d’impôt recherche (CIR) et le conditionner pour les grands groupes à une collaboration avec les start-up », lance André Choulika. « Et surtout imposer dans le cadre d’une loi de Finances que 5 % de la collecte d’assurance-vie soit directement ou indirectement orientée vers les JEI ou PME technologiques : l’Etat doit comprendre qu’il faut investir dans les industries à fort potentiel de croissance », conclut Philippe Pouletty.

*Fonds commun de placement à risques

**Fonds commun de placement dans l’innovation

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