Les entreprises prêtes à innover sur le financement des créances clients

le 17/11/2011 L'AGEFI Hebdo

Le besoin en fonds de roulement des entreprises fait l’objet de toutes les attentions, avec des offres réunissant l’affacturage et le « cash management ».

Les entreprises cherchent à mobiliser au mieux leur liquidité. Pour amortir les effets de la crise comme de Bâle III sur le crédit, leur idée est d’intervenir sur l’ensemble du « bas de bilan », c’est-à-dire les créances clients et fournisseurs. « Nous recevons des appels d’offres portant sur toute la chaîne de valeur, les projets des grandes entreprises visant à mobiliser tout le fonds de roulement », témoigne Tancrède Carpenter, responsable du cash management France et Italie chez JPMorgan. Le sujet n’a rien d’anecdotique. « Aux Etats-Unis, on évalue à 600 milliards de dollars la part du BFR (besoin en fonds de roulement, NDLR) des grandes entreprises qui pourrait être préservée grâce à des améliorations de la gestion, et la proportion est comparable en Europe », rappelle Pierre Veyres, responsable mondial du global transaction banking chez BNP Paribas.

Traitement industriel des contrats

L’affacturage est ainsi mis en avant depuis la crise et, de façon plus nouvelle, les crédits fournisseurs : les grands groupes cherchent à sécuriser leurs achats auprès des fournisseurs en leur procurant des conditions privilégiées de financement par le biais de leur signature. « Nous recevons plus de demandes de cette nature, indique Tancrède Carpenter. A charge pour l’équipe de ‘cash management’ de faire la jonction avec l’activité de financement. »

Les grandes banques se positionnent depuis deux ou trois ans sur l’affacturage inversé. « Nous nous sommes mis en mesure de proposer aux grands acheteurs une solution qui permet effectivement un traitement industriel des contrats avec leurs fournisseurs, explique Bozana Douriez Sorovic, directrice générale adjointe de BNP Paribas Factor. Sur un mode automatisé, notre plate-forme reçoit les bons à payer des entreprises acheteuses, et nous délivrons dans la foulée les cessions de créances et les financements de créances. Le traitement des opérations se fait véritablement sur un mode industriel, et la sécurité s’en trouve renforcée. » De fait, la banque vient de décrocher un contrat avec un client emblématique, EDF, pour qui le financement des fournisseurs est devenu crucial. « Notre motivation première est de soutenir le tissu industriel que représentent nos fournisseurs et notamment les petites et moyennes entreprises, expose Gilbert Labbé, directeur de la trésorerie et du financement intragroupe chez EDF. Malheureusement, l’actualité est en train de nous donner raison d’avoir anticipé ce qui nous semblait inéluctable avec l’arrivée de Bâle III, car les conditions de financement des entreprises se durcissent bien avant cette échéance. En outre, la mise en place d’une solution de ‘reverse factoring’ constitue aussi une façon pour le groupe d’améliorer sa capacité de négociation avec ses fournisseurs puisque leurs conditions de financement sont un élément de leur prix de revient. Les gains attendus de l’opération sont donc à long terme. » Pour l’instant, le groupe en est encore à tester le dispositif lancé l’été dernier. « L’une de nos interrogations porte sur l’attitude des fournisseurs qui vont peut-être être incités, avec ce nouveau système, à mettre la pression pour que le bon à payer soit donné plus tôt », confie Gilbert Labbé. Sachant que l’échantillon des fournisseurs sur lesquels porte la plate-forme dans un premier temps recouvre 4.000 créanciers mais pourrait s’étendre bien au-delà en cas de généralisation, la question n’est pas mineure.

En parallèle, la première banque française vient de lancer une solution mondiale de grande envergure pour le financement des crédits clients et fournisseurs. « Cette nouvelle plate-forme remplace les solutions partielles dans le financement des créances clients et fournisseurs, explique Pierre Veyres. Sa technologie avancée et flexible permet de combiner les spécificités des opérations (nature du financement apporté, durée, montants, clauses juridiques…) tout en automatisant leur traitement ». Cette plate-forme internet combine un vaste ensemble de combinaisons standards et est accessible en tous points du monde pour le client. L’aspect pratique est en effet primordial : grâce à une architecture ouverte et à une forte modularité, le système évite au client les adaptations de processus en cas d’opérations spécifiques : une fois les fichiers de factures établis par lui et envoyés à partir de ses propres outils, le système les vérifie et les traite automatiquement, puis envoie un reporting à la trésorerie et à la comptabilité de l’entreprise. En outre, la plate-forme est intégrée à la gestion du cash, ce qui est un atout important en matière d’efficacité opérationnelle. « A partir de janvier prochain, la plate-forme sera multibancaire, dimension importante pour les grandes entreprises qui sont toujours a la recherche de solutions déployables a travers leur ‘pool’ bancaire », annonce Pierre Veyres.

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